djibnet.com: Le Khat - djibnet.com

Aller au contenu

Page 1 sur 1
  • Vous ne pouvez pas commencer un sujet
  • Vous ne pouvez pas répondre à ce sujet

Le Khat Noter : -----

#1 L'utilisateur est hors-ligne   Wiseman Icône

  • Membre
  • Pip
Groupe :
Membres
Messages :
37
Inscrit :
12-décembre 03

Posté 06 octobre 2004 - 05:55

L'évocation de la drogue dans la Corne de l'Afrique mène irrémédiablement à celle de la consommation du khat, usage généralisé et légalisé (1). La consommation du khat en République de Djibouti constitue un véritable phénomène de société aux implications multiples, notamment économiques.

Le khat, dont le nom scientifique est Catha Edulis Forskal, appartient à la famille des célestracées qui comporte plus de soixante-dix espèces. Pour se développer, cette plante a besoin de conditions spécifiques : terrain en pente, altitude de 1500 à 2000 mètres, fraîcheur et humidité.

Les montagnes d'Ethiopie et celles du sud de la Péninsule arabique lui conviennent donc particulièrement. Seules, les feuilles de cette plante au goût amer sont "broutées" (2). Pour conserver toutes leurs propriétés, elles doivent être consommées rapidement après la cueillette (3 jours maximum).

La consommation du khat dans ces régions est séculaire. L'évocation écrite la plus ancienne qui soit connue date, en effet, de 1237. Dès cette époque, et dans les récits ultérieurs, son effet dynamisant est mis en avant. L'extension de la consommation du khat au vingtième siècle est devenue un sujet de préoccupation. Des études ont été menées notamment par l'Organisation Mondiale de la Santé afin de sensibiliser le milieu médical.

A Djibouti (successivement Côte Française des Somalis et Territoire Français des Afars et des Issas), depuis la fin des années cinquante jusqu'à l'indépendance en 1977, la littérature y a trouvé un thème d'intérêt constant. Notons toutefois que cette attention des médecins et autres observateurs métropolitains s'est éteinte avec l'accession du pays à l'indépendance : perte d’intérêt pour un pays étranger ou difficulté d'accès à l'information ? L'étude du khat en est rendue plus aléatoire. Néanmoins, les observations d'ordre médical et pharmacologique ne manquent pas. Elles permettent de cerner les manifestations de la consommation du khat sur l'organisme humain.

Les différentes manifestations de dérèglement physique et psychique observées chez les consommateurs proviennent de la présence conjuguée dans la plante de tannins et d'une substance alcaloïdique proche de la cathine. L'action de cette substance est très semblable à celle des amphétamines. Nous reprendrons schématiquement les observations faites par le Dr Le Bras :

PHASE 1 = PHASE TONIQUE :
- euphorie durant une heure et demie à deux heures,
- illusion, jusqu'à quatre heures durant ; elle porte sur le psychique, le physique et les capacités sexuelles.

PHASE 2 = PHASE DEPRESSIVE :
- anorexie, insomnie,
- sommeil profond et prolongé.

Tout au long de ces deux phases, différentes manifestations de dysfonctionnement physique peuvent être observées chez certains consommateurs : modification sensible de la tension artérielle au moindre effort, soif importante, perte d'appétit, problèmes digestifs (constipation ou diarrhée, ballonnement), diurèse, modifications des capacités sexuelles (touchant l'éjaculation et/ou l'orgasme).

D'après ce médecin, la consommation du khat n'entraîne pas directement d'accidents de santé. En revanche, il est certain qu'elle provoque une dénutrition et une moindre résistance aux maladies comme la tuberculose, très fréquente dans la région.


Portée sociale de la consommation du Khat

Les textes de références sur le thème utilisent souvent la notion de "fléau social" pour caractériser le phénomène de la consommation du khat à Djibouti. En effet, parlant du khat, on ne peut s’exprimer en termes de dépendance physique -comme c'est le cas pour d'autres drogues- mais, tout au plus, d'accoutumance (selon les critères de classification admis par l'O.M.S.). Le facteur primordial poussant les Djiboutiens à acheter et à consommer du khat est, sans conteste, son rôle social. La vie djiboutienne est, sans trop d'exagération, mise en scène autour d'un acteur : le khat.

Une enquête (3) effectuée en 1984 auprès de 500 ménages djiboutiens esquisse un profil de consommation individuelle : 75% des personnes interrogées "broutent" au moins occasionnellement. C’est là un phénomène d'ailleurs très marqué sexuellement avec 86,4% de consommateurs masculins. Il faut noter que la participation des femmes à des séances de "broutage" collectives, jusqu'alors marginale, tend à s’étendre depuis peu.

Les données recueillies concernent plutôt une population urbaine. Il est plus difficile de cerner l'ampleur du phénomène en milieu rural. Soulignons toutefois que les difficultés d’approvisionnement en khat très frais ne peuvent être qu’un frein. On estime que 75 % des quantités importées sont consommées à Djibouti-ville.

Il ressort de l'étude portant sur la fréquence de consommation que 72% des consommateurs le font quotidiennement, 16% deux à trois par semaine. Les séances de "broutage" durent en moyenne 5 heures 30, ce qui correspond approximativement à la phase tonique décrite par le Dr. Le Bras. Le jeudi, c’est le jour de prédilection, car c'est la veille du repos hebdomadaire.

La forme la plus fréquente est le "broutage" entre amis dans un mabraze, c'est-à-dire une pièce réservée et aménagée de coussins où chacun trouve ses aises. On y trouve aussi à profusion du coca- cola, du thé sucré et épicé (cannelle, clou de girofle, cardamome) pour étancher la soif provoquée par le mâchage des feuilles.

Les discussions fusent, occasions de refaire le monde, de donner son avis sur la vie publique... les idées semblant venir avec plus d'aisance. On voit même certains professeurs corriger les copies de leurs élèves dans cette situation ! La marque de l'importance sociale de ces réunions apparaît plus encore lors de certaines circonstances telles que les mariages, les enterrements, etc. Les hommes se retrouvent et se retirent alors ensemble pour "brouter" de manière tout à fait solennelle. L'hôte pourvoit, dans ce cas, à l'achat de quantité de khat afin de satisfaire ses invités. Ceux qui ne "broutent" pas habituellement ne sauraient refuser la participation à ce qui ressemble à une forme de cohésion sociale autour d'un événement majeur.

La vente du khat a lieu tous les après-midi, à partir de 13-14 heures. C'est à ce moment qu'atterrit à l'aéroport de Djibouti, un avion important le khat d’Ethiopie (plus précisément de la région du Harar située à peine à plus de 300 kfis). Le khat arrive également par voie ferroviaire mais en moindre quantité, le trajet étant plus long, la marchandise est moins fraîche.

Ce sont les Ethiopian Airlines qui se chargent actuellement du transport. Jusqu'en 1991, date de sa faillite, c'était " Air Djibouti". La compagnie gagnait ainsi avec ce seul affrètement 8500$ par jour. En effet, ce sont au total 12 tonnes de khat qui arrivent et sont consommées quotidiennement !

Les revendeurs sont majoritairement des femmes. On les trouve généralement au coin des rues avec des caisses de bois sur lesquelles ces dernières déposent leur produit ; les bottes de khat sont soigneusement recouvertes d'une pièce d'étoffe afin de conserver leur fraîcheur le plus longtemps.
Vers 14 heures, des grappes d'hommes se forment aux carrefours autour des vendeuses. Bientôt, la ville se vide apparemment de sa population pour plusieurs heures, sous l'effet conjugué de la chaleur de l'après-midi et des réunions des hommes dans les mabrazes.

On peut imaginer aisément l'effet pervers de ce phénomène dans la vie sociale et économique de Djibouti. Vidée de ses forces vives pendant plusieurs heures, la ville semble assoupie. Imaginons le pan actif de la journée empiété de 30% pour raison de "broutage" par un grand nombre de personnes ! Que dire de l'absence régulière pour les enfants de leur père, plus rarement de leur mère ?

Certains observateurs n'ont pas manqué de lier cet endormissement à une volonté politique (vente de khat observée pendant les périodes électorales). Deux facettes de cette constatation sont à sous-entendre :
- Il peut être jugé opportun que les opinions défavorables aux actions politiques s'élaborent au sein des mabrazes et n'en sortent pas sous d'autres formes.
- Le khat est un refuge aisé devant une existence démotivante, économiquement difficile (nombreux chômeurs, niveau de vie peu élevé, vie sociale sous-développée,...)

En outre, le coût que représente l'achat régulier de khat dans le budget familial apparaît comme aberrant : en 1980, le SMIG s'élevait à 16000 Fdj (soit environ 530 FF) alors que le prix d'une simple botte de khat de 100 gr était de 200 Fdj. Les dépenses pour la fourniture en khat se font donc au détriment des dépenses pour des produits de première nécessité. Le pouvoir d'achat réel des familles djiboutiennes est diminué d'autant.

Facteurs politico-économiques et commerce du khat

Abordons maintenant l'aspect économique de la consommation du khat à grande échelle par une part importante de la population du pays. L'analyse des données économiques est complexe à plusieurs titres : le caractère même de ce commerce ne permet pas d'accéder facilement à des informations chiffrées, récentes et précises. Les sources sont rares. Compte tenu de cette carence, il ne peut être question, ici, de tendre à l'exhaustivité.

La position de l'État djiboutien face au commerce du khat peut paraître ambiguë : volonté de limiter les importations de khat d'une part, intérêt de les maintenir comme sources de recettes fiscales, d'autre part.

Outre l'aspect négatif que la consommation du khat représente pour l'activité économique, le développement interne du pays et la santé de sa population, elle constitue un poids négatif pour la balance commerciale. L'argent dépensé par les Djiboutiens profite essentiellement à l'État voisin, l’Ethiopie. Ces considérations ont amené le gouvernement, peu après l'accession du pays à l'indépendance, à interdire la consommation du khat (en août 1977), tout comme auparavant, la France avait tenté en plusieurs occasions de la limiter. Mais devant les contestations, notamment des importateurs de khat, l'interdiction a dû être levée. La seule trace de cette volonté est une limite théorique des importations à 8 tonnes journalières. Rappelons qu'en réalité, la quantité importée quotidienne-ment est de 12 tonnes puisqu'au tonnage de la voie aérienne s'ajoute celui de la voie ferroviaire.

Le gouvernement djiboutien trouve cependant un intérêt économique non négligeable à cette importation massive.
En analysant en effet les chiffres communiqués par les statistiques officielles (4) concernant les taxes perçues par le Ministère des Finances , on constate que la part des surtaxes à l'importation sur le khat représente 9 à 15% de l'ensemble des taxes perçues à l'importation par l'État. Une tendance à la baisse s'était esquissée entre 1977 et 1983 (premières années post-indépendance), la tendance a nettement été révisée dès 1984.

La proportion de ces taxes sur le khat est capitale pour une économie djiboutienne qui, du fait de son climat, de l'aridité et de la pauvreté de ses sols, ne peut quasiment produire aucune ressource commercialisable. Entre 1970 et 1990, le montant des importations grimpait jusqu'à 40000 millions Fdj alors que celui des exportations ne dépassait jamais 5000 millions de Fdj. La balance du commerce extérieur est d'ailleurs fortement déséquilibrée. En fait, l'activité du pays repose essentiellement sur le secteur tertiaire, l'activité de son port et de son chemin de fer.

Mais ces importations de khat ont des effets contradictoires. Entre 1981 et 1990, le montant des sommes qui lui sont consacrées s'est stabilisé aux alentours de 3 milliards de Fdj par an avec quelques variations : un maximum de 3,55 milliards en 1983 et un minimum de 2, 71 milliards en 1988. Pour une représentation plus parlante des sommes mises en jeu, notons que les importations en alimentation et boissons s'élèvent sur la même période (1981-1990) à 10 milliards, soit trois fois plus que celle du khat. Remarquons aussi que le budget annuel du Ministère de l'éducation nationale en 1983 était de 1,43 mil-liards de Fdj alors que pour cette même année les importations de khat montaient à 3,55 milliards.

La disproportion des sommes allouées à des postes budgétaires primordiaux (alimentation et éducation) et les sommes dépensées en achat de drogue est particulièrement alarmante. Mais la suppression du commerce du khat est liée aux liens particulièrement étroits qu'entretient le pays avec ses voisins : Djibouti constitue une sortie vers la mer pour l’Ethiopie par la voie ferroviaire ; l'Éthiopie, elle, est une partenaire privilégiée pour l'approvisionnement de produits frais tels que légumes et fruits (livraison hebdomadaire par rail, le mercredi). Concernant le khat, ce pays est le fournisseur exclusif pour Djibouti excepté en 1988 où le Yémen du Nord s'y est substitué temporairement suite à une interruption des importations provenant d'Éthiopie.

L'économie inter-régionale en ce domaine dépend des fluctuations politiques des différents pays partenaires. Ainsi en 1991, année de la chute du régime communiste en Éthiopie, une baisse importante et générale a marqué les échanges entre les deux pays. Le khat n'a pas échappé à cette perturbation.

La structure même de la commercialisation du khat a été modifiée cette année- là du fait des événements éthiopiens. Jusqu'alors, la SOGIK (Société Générale d'Importation du khat), organisme regroupant les importateurs au nombre de 240 en 1987, détenait le monopole de l'importation et de la commercialisation du khat sur le territoire djiboutien. De petits commerçants individuels de la région du Harar et de Dire-Dawa ont profité du relâchement du contrôle de l'État éthiopien pour se lancer dans ce négoce lucratif et revendre leur marchandise à Djibouti. Un marché parallèle est donc apparu dans ces circonstances politiques particulières.

Des rencontres bilatérales djibouto-éthiopiennes se tiennent fré-quemment. Au coeur de ces entre-tiens sont placés les problèmes de mouvement de troupes entre les deux pays. La tradition nomade, les attachements familiaux des Djiboutiens font que les hommes n'hésitent pas à se mêler aux conflits militaires voisins pour sou-tenir ceux de leurs familles installés dans ce pays limitrophe. Les enjeux commerciaux sont également un sujet vital pour les deux pays. Le commerce du khat, pour les revenus qu'il offre aux uns (Éthiopiens du Harar) et aux méfaits qu'il cause aux autres (Djiboutiens) est traité sur le même plan d'importance que peut l'être l'entretien et l'amélioration de la circulation du chemin de fer Djibouti/Addis-Abeba, l'artère vitale. Les accords sur l'organisation du commerce du khat sont donc régulièrement revus et reconduits.

Jusqu'à présent, il faut donc bien constater que le khat est traité comme un produit commercialisable normal, non comme une drogue à éradiquer. Les acteurs et les sommes colossales qui sont en jeu lorsque l'on évoque le problème de la consommation du khat font qu'aucune solution durable ne pourra être mise en oeuvre unilatéralement. Pour préserver les intérêts de tous, tant individuels que collectifs, des solutions de substitution seront nécessaires pour ne pas nuire aux cultivateurs, aux commerçants, aux finances publiques. Certains ont évoqué le développement de cultures "positives" telles que le thé, le café (qui pousse dans la région).

De même, les consommateurs avouent que certains facteurs seulement pourraient les amener à cesser de consommer du khat : la maladie, une hausse brutale des prix à la vente, l’interdiction pure et simple du commerce. Autant de raisons qui donnent encore au khat un bel et long avenir dans la vie des Djiboutiens.
0

#2 L'utilisateur est hors-ligne   le-patrouilleur Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
3 607
Inscrit :
04-septembre 04
Gender:
Male
Location:
No idea

Posté 23 octobre 2004 - 04:27

arrete tes copy paste wiseman es tu sur t'es wise
A man likes his wife to be just clever enough to appreciate his cleverness, and just stupid enough to admire it.
0

#3 _le droitier (guest)

Groupe :
Invités

Posté 23 octobre 2004 - 10:53

Ramadan karim Wiseman,sois bref que je puisse te lire,car mon temps est précieux.Merci :D
0

#4 L'utilisateur est hors-ligne   le correcteur Icône

  • Membre
  • Pip
Groupe :
Membres
Messages :
136
Inscrit :
15-mai 03

Posté 30 octobre 2004 - 02:59

tres bon article wiseman carry on the good work
0

#5 L'utilisateur est hors-ligne   le-patrouilleur Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
3 607
Inscrit :
04-septembre 04
Gender:
Male
Location:
No idea

Posté 30 octobre 2004 - 06:37

u real think me all i can is a whole boring text no hard fellings wiseman ;)
A man likes his wife to be just clever enough to appreciate his cleverness, and just stupid enough to admire it.
0

Partager ce sujet :


Page 1 sur 1
  • Vous ne pouvez pas commencer un sujet
  • Vous ne pouvez pas répondre à ce sujet