djibnet.com: "la Nuit De Doute"22 Février 2013 Par Cassim A. Dini - djibnet.com

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"la Nuit De Doute"22 Février 2013 Par Cassim A. Dini Noter : -----

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Posté 23 février 2013 - 02:10

Les bureaux de vote sont à présent fermés ici. Sauf forcée et organisée par ce régime fraudeur, il est certain que l’abstention sera faible, au regard de la gigantesque mobilisation, surtout dans la Capitale où 35 sièges sont à pourvoir et trois listes en compétition. Pour le régime, la reconduction la majorité issue de ses rangs est évidente. Selon ses calculs, et considérant les informations faisant état de fraudes massives sur l’ensemble du territoire national, quelle pourrait être, avec une marge d’erreur inférieure à 5%, la composition de la législature issue du scrutin de ce vendredi 22 février 2013?

Méthode de calcul et prévisions

C’est la Loi Organique n° 16/AN/2èmeL qui fixe désormais les règles d’une proportionnelle à 20%. Si l’on considère la totalité des 65 sièges à pourvoir, l’UMP devrait s’en octroyer 52 et les deux autres listes se partageront les 13 restants. Entrons dans le détail pour chacune des six circonscriptions électorales.

1) Djibouti-ville : 35x0.8 = 28 députés pour la liste remportant la majorité relative. Donc, les 28 premiers sur la liste UMP sont élus. Pour les deux autres listes, tout dépend des objectifs poursuivis par le régime.

a) Si un seul siège est accordé au CDU, l’USN se contentera de 6 sièges car le 7ème sur sa liste ne sera pas éligible,

B) si deux sièges lui sont offerts, le 5ème sur la liste USN est éjecté, et c’est une figure historique,

c) et si trois sièges sont enfin attribués au CDU, c’est le 4ème USN qui saute, ce qui ne serait pas impossible car on voit mal le dictateur tolérer que le candidat d’un parti délégalisé entre à l’Assemblée Nationale.

2) Dikhil : 11x0.8 = 8,8, ce qui, arrondi à l’entier le plus proche, donne 9 députés pour l’UMP. Donc, arithmétiquement, les deux restants seront attribués aux deux têtes de liste CDU et USN.

3) Tadjourah : 6x0.8 = 4,8 arrondi à l’entier le plus proche donne 5 députés pour l’UMP. Une surprise n’est pas à écarter pour l’USN dont la tête de liste risque d’être spoliée au profit de celle du CDU. Cela tiendrait à des impératifs politiques à l’origine de cette proportionnelle car la tête de liste de l’opposition est un dirigeant ARD unanimement respecté.

4) Ali-Sabieh : même calcul que pour Tadjourah (5 députés pour l’UMP ) et même issue incertaine pour la tête de liste USN, dont le degré d’intensité de l’implantation locale pourrait être avancé pour justifier sa défaite.

5) Obock : 4x0.8 = 3,2 ramené à 3 députés pour l’UMP. En l’absence d’une 3ème liste en compétition, la tête de liste USN a toutes les chances de passer pour les mêmes raisons qui pourraient valoir l’élimination à son collègue de Tadjourah ; sauf coup de théâtre expliquant son élimination pour cause du seuil de 10% non atteint du fait d’une abstention massive. Eventualité renforcée par l’interdiction opposée aux délégués de l’USN d’entrer dans les bureaux de vote.

6) Arta : 3x0.8 = 2,4 arrondi à 2 pour l’UMP. Sauf coup de théâtre, on voit mal le dictateur empêcher l’élection de la tête de liste USN.

Résultat final pour l’USN : selon les hypothèses, elle devrait avoir entre 7 et 9 députés dont au moins 3 pour l’ARD.

Division tribale du travail politique

Principe d’objectivation de la sélection d’une élite politique, l’élection est le lieu de consécration du personnel parlementaire appelé et autorisé à occuper un espace de lutte et de concurrence, dont les règles du jeu sont clairement définies par la forme de domination qui structure cet espace : à savoir une dictature organisée autour du seul Président de la République, Chef du gouvernement, Chef suprême des Armées et Président du Conseil supérieur de la magistrature. Le champ politique djiboutien est occupé par, grosso modo, trois types de formations partisanes :

1) l’ancien parti unique, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP) créé en 1982 pour organiser le monopole de la représentation nationale par suprématie tribale et cooptation des faire-valoir dominés issus de certaines communautés ;

2) les partis constitués autour d’une personnalité animée d’une ambition présidentielle dans le cadre de l’inévitable lutte entre, d’une part, dominants-dominants et dominants-dominés (PND, PRD-MRD, PSD et CDU) et, d’autre, dominés-dominants et dominés-dominés (PDD et UPR) ;

3) les deux formations issues de la lutte armée qui, pour n’avoir pas voulu ou su capitaliser la dimension nationale de leur lutte, incarnée au sein du FUOD, sont restées enfermées dans le ghetto d’une contestation ethnique incapable de mobiliser toutes les autres composantes de la communauté djiboutienne autour d’un projet fédérateur (FRUD et ARD) et surtout dépourvues d’un leader d’envergure nationale.

Du fait de l’homologie structurale entre l’offre et la demande de représentation, tous les partis et a fortiori ceux de l’opposition recrutent leurs bases dans des groupes communautaires vivant différemment, sous certains aspects plus ou moins déterminants, leur citoyenneté djiboutienne comme leur liberté d’exp​ression :

1) Les Issa, dont les militants d’opposition ont été pratiquement les seules victimes de la répression massive et extrêmement brutale, consécutive à la manifestation sans précédent du 18 février 2011. Il s’agissait pour le dictateur de briser l’unité d’action dont les militants de base sont nettement plus porteurs que les états-majors des partis ;

2) Les Issak, stigmatisés à cause de quelques faveurs partisanes accordées par la première Dame à ses plus proches courtisans, sorte de Marie-Antoinette accusée de tous les maux du pays. Cette haine à leur encontre, orchestrée par une partie l’opposition incapable de produire une offre discursive répondant à leurs attentes spécifiques, qu’il convient par ailleurs d’appréhender dans le contexte régional, a accentué la faiblesse de la représentation de cette composante au sein de l’USN ;

3) Les Gadabourci, doublement isolés dans l’espace politique djiboutien par manque d’un représentant doté d’un capital suffisant pour s’imposer et à cause des conflits au Somaliland, dans lesquels l’implication du régime djiboutien constitue un dangereux facteur d’instabilité ;

4) Les Afar enfin, dont la marginalisation de leurs représentants au sein de l’USN frisait le pathétique, renforçant celle contre laquelle ils ont hier pris les armes. L’actuel rôle de supplétifs de leurs leaders tient essentiellement à leur incapacité à s’imposer, consécutive à la paralysie depuis quelques années leurs appareils partisans et à la déconnexion d’avec leurs militants depuis quelques mois. Après la réduction arbitraire du nombre de leurs électeurs sur les listes et de leur quota dans la représentation parlementaire au niveau des districts, celle qui leur était jusque-là attribuée dans la circonscription de Djibouti-ville est à envisager à l’issue du scrutin de ce 22 février.

Et maintenant ?

Devant cette déroute prévisible, quelles sont les options de contestation qui s’offrent à l’opposition ?

1) A minima, elle constituera un dossier (très épais et solide, si l’on en juge par l’ampleur de la fraude) pour porter le contentieux devant le Conseil Constitutionnel. Dont elle a par avance reconnu la compétence et la neutralité du seul fait de sa participation à ces élections. Cette posture de prudence politicienne et de légalité républicaine heurtera certainement la détermination de toutes celles et tous ceux qui, ayant placé en elle leur espoir infini de changement démocratique, seront fortifiés par la sagesse rurale selon laquelle « on ne demande pas à un voleur de chameaux de retrouver un chameau qui s’est enfui ». Enfin, le recours à cette solution institutionnelle, parce qu’elle sera perçue comme une tentative de neutralisation anticipée de tout risque de débordement populaire, pourrait conforter la suspicion d’une transaction collusive au terme de laquelle une certaine opposition aurait négocié avec le régime sa survie décorative au Parlement contre l’engagement d’une contestation vaine et pacifiée des résultats du scrutin de ce jour. Mais cela ne les met pas à l’abri de manifestations spontanées de la légitime frustration populaire ;

2) Forte de son incontestable légitimité, massivement exprimée lors de ses meetings, l’USN peut également engager un bras de fer avec le régime en appelant à manifester pacifiquement son refus d’être spoliée de sa victoire. Il est pratiquement certain qu’innombrables seront celles et ceux qui, du Nord au Sud, répondront à ce recours à la résistance civique. Les dangers d’une telle option sont réels, mais ils peuvent être contenus par une organisation rigoureuse au niveau de la base. Reste à savoir si les leaders de l’opposition oseront s’engager dans cette voie, en prenant le risque d’être assignés à résidence ou même emprisonnés. Car pour qu’une telle démarche, qui a fait ses preuves ailleurs dans le monde, aboutisse au renversement du régime, la confiance doit être totale entre eux et le Peuple : renforçant le rejet du système en place, il faut pouvoir incarner une relève crédible, au moins pour une période de transition.

Rendez-vous dans quelques heures pour le début du dénouement… qui risque de ne pas être miraculeux.

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