djibnet.com: Bibliographie Du Dictateur Iog - djibnet.com

Aller au contenu

Page 1 sur 1
  • Vous ne pouvez pas commencer un sujet
  • Vous ne pouvez pas répondre à ce sujet

Bibliographie Du Dictateur Iog Noter : -----

#1 L'utilisateur est hors-ligne   Gargaro Icône

  • Membre
  • Pip
Groupe :
Membres
Messages :
127
Inscrit :
08-juillet 10

Posté 08 juillet 2012 - 05:16

BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET: premiere partie

Extraits d'un ouvrage à paraître, ouvrage écrit par un observateur privilégié de Djibouti. Ce livre a pour premier objectif d’apporter un éclairage sur l’homme qui dirige Djibouti d’une main de fer depuis 1999, le président Ismaël Omar Guelleh. Il retrace le parcours du chef de l'État depuis les origines familiales jusqu’à la succession du premier président de la République, Hassan Gouled Aptidon. Il montre comment un fils sans relief de cheminot, qui a tôt quitté les bancs de l’école et intégré la police coloniale, collaborant avec le colonisateur contre ses concitoyens indépendantistes, se retrouve au sein du cercle dirigeant du nouvel État et finit par en prendre les rênes. Afin de saisir les ressorts de celui qui préside aux destinées de la petite République de Djibouti, l'auteur s'appuie, entre autres sources, sur des informations de première main qui se chuchotent mais qui n’ont jamais été révélées au grand jour.

Et pour mieux percer à jour IOG (initiales du chef de l'État), l'ouvrage s'intéresse également au profil de l'influente Première Dame, Kadra Mahamoud Haïd. Il tire un portrait de cette femme ambitieuse et non démunie d’intelligence en remontant à son enfance, qui a été marquée par une grande blessure liée à ses origines. Comment les origines controversées d’un père, Mahamoud, ont-elles marqué dans sa chair sa fille, Kadra? Quelle a été l’influence de cet homme socialement et politiquement frustré sur elle ? Comment le rejet de son père par une société djiboutienne si à cheval sur la clarté généalogique a-t-il pu modeler la personnalité de Kadra, nourrir sa hargne et entretenir son désir de revanche ? Nous découvrirons comment elle parvient à se frayer un chemin vers le pouvoir, avant comme après l’Indépendance. Nous la suivrons dans sa trajectoire depuis son premier mariage avec un ancien Premier ministre, Abdallah Mohamed Kamil, jusqu’au titre de Première Dame.

Ismaël Omar Guelleh ou fils du népotisme

Enfance et jeunesse sans relief

Officiellement, Ismaël Omar Guelleh naît le 27 novembre 1947 à Dire-Dawa en Éthiopie. En réalité, ce Somali Issa Mamassan voit le jour quelques années plus tôt, en 1944, à Aïcha, petite localité ferroviaire éthiopienne située plus près de Djibouti que de Dire-Dawa. Son père, agent au Chemin de fer franco-éthiopien (CFE), futur Chemin de fer Djibouti-éthiopien (CDE), est le fils de Guelleh Ahmed Omar dit Guelleh Betel, pasteur nomade venu se sédentariser à Djibouti, alors colonie française connue sous le nom de Côte française des Somalis (CFS). Guelleh Betel fait partie de ces anciens recrutés par l’administration coloniale et rétribués comme akels (sages en arabe) pour le contrôle social des colonisés. Il est même l’un des plus appréciés et mieux payés pour ses services, ce qui vaut une attention particulière à sa progéniture, notamment à Omar, père d’Ismaël, qui peut ainsi suivre quelques années d’études primaires. La mère d'Ismaël, Moumina Rirache, est une femme somalie au foyer du clan Samarone. Elle est la seconde des quatre épouses d’Omar Guelleh.

Ismaël Omar Guelleh passe les premières années de sa vie à Aïcha, avec ses parents et sa fratrie. C’est à Aïcha qu’il va à l’école. Il y va à la madrasa ou école coranique. Son plus proche camarade de classe et de jeux est un certain Yacin Yabeh Galab, Somali Issa Fourlaba et futur chef de la police djiboutienne. A la madrasa, Ismaël Omar est un apprenant moyen. Son camarade et ami Yacin Yabeh ne brille pas non plus.

Le père de Yacin, Yabeh Galab, est boucher et sa mère, Hawa Ahmed, surnommée Hawa la Grande, en raison de sa grande taille, est marchande de produits divers entre Djibouti et Dire-Dawa. Hawa La Grande, une femme de caractère, fait partie de ces mères de famille qui utilisent le train pour faire un petit commerce ambulant de subsistance. A bord du train de voyageurs, elle se rend à Dire-Dawa où elle achète certains articles de consommation courante qu’elle va revendre à Djibouti-ville. Au retour, elle reprend le même moyen de transport avec d’autres articles demandés en Éthiopie. Ces commerçantes sont désignées sous l’appellation de "charchari" en langue somalie.

Plus tard, la famille d’Ismaël Omar Guelleh s’installe à Dire-Dawa. C’est là qu’il est inscrit à l’école laïque. Il va à l’Alliance française de Dire-Dawa, tout comme son ami Yacin Yabeh Galab dont la famille déménage aussi. A l’Alliance, ni Ismaël ni Yacin ne se distinguent par l’excellence de leurs résultats. Ismaël Omar est un élève moyen, qui ne se montre pas particulièrement motivé pour les études. Il lit peu, travaille à minima à la maison. De même, dans les relations entre jeunes, rien ne le distingue. Il ne brille pas sur les terrains de sport, il est d’ailleurs peu porté sur l’exercice physique. Les filles ne se retournent pas sur son passage et sa timidité (plus ou moins masquée) n’arrange pas ses projets de séduction. Il ne manifeste pas de charisme et ne mène pas ses camarades. Il évite les confrontations, s’esquive des compétitions, ravale ses colères. Des jeunes mâles dominants du quartier, il subit incartades et écarts de langage. Il subit ainsi la domination de garçons aussi divers que Saïd Guireh, surnommé le Manchot en raison d’un bras perdu en bas âge, Farah Hassan Guelleh, ou encore Abdillahi Doualeh Waïss, futur enseignant et future figure indépendantiste djiboutienne qui prendra le nom de lutte d’Iftine (Lueur en langue somalie). Ismaël Omar n’ose pas se mesurer non plus à un camarade de jeu tel qu’Ahmed Absieh Warsama, garçon au corps bien bâti et à l’esprit vif qui décrochera un baccalauréat scientifique à Djibouti et fera de brillantes études de médecine en France. Ahmed Absieh sera d’ailleurs, avec docteur Bourhan Mohamed Aref, le premier médecin diplômé djiboutien. En revanche, le petit-fils de Guelleh Betel aime à rire et à jouir de la vie. Il se montre glouton, friand de fêtes mais aussi de fantaisies vestimentaires sans goût. Il rêve de fortune facile, de confort sans effort et de femmes.

Cahin-caha, Ismaël Omar termine ses études primaires à l’Alliance française de Dire-Dawa. En rester là dans les apprentissages académiques ou les poursuivre dans l’enseignement secondaire ? La question se pose au petit-fils de Guelleh Betel. Il n’est pas sûr de vouloir entrer en secondaire. Mais les conseils pressants de ses parents et l’exemple de certains élèves de son âge tels qu’Ahmed Absieh finissent par le décider. Il quitte le domicile familial et l'Éthiopie pour Djibouti-ville où il entre au Cours complémentaire, nom que porte à l’époque le collège d’enseignement secondaire. C’est un établissement confessionnel, Cours Charles de Foucault, qui l’accueille. Il est nourri, logé et blanchi par des proches. Ces proches sont souvent des cousines et autres tantes mariées à des hommes qui savent remplir la marmite. Mais ce changement de pays, de ville et d’école, ne s’accompagne pas chez le fils de cheminot d’un changement d’attitude à l’endroit des études. En classe, il ne se montre pas plus motivé qu’à Dire-Dawa. En revanche, il met à profit la liberté que lui offre cet éloignement de la surveillance parentale pour s’adonner à de nouveaux petits plaisirs. Il commence à fumer. Il se met aussi à consommer du khat, cette amphétamine naturelle qui pousse en Éthiopie et au Yémen et que l’on mastique longuement dans les pays de la région. Pour s’offrir ces nouveaux plaisirs, son argent de poche ne suffit pas. Il sollicite alors amis, connaissances, camarades de classe et toute autre personne dont il repère la bienveillance.

Il finit par abandonner le Cours complémentaire au terme de deux ans. Il n’éprouve aucune envie de poursuivre ses études, préférant à l’austérité des apprentissages le désœuvrement et les petits plaisirs. Le voici hors de l’école, livré à lui-même et à la loi des désirs. Seulement, il ne suffit pas de désirer des choses, encore faut-il en avoir les moyens. Il lui faut de l’argent, il lui en faut bien plus que ce qu’il peut grappiller à gauche et à droite.

Il cherche un travail rémunéré.




BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET:partie 2

Il cherche un travail rémunéré.

Une carrière peu valorisante de policier colonial

Trouver un emploi est une chose, en obtenir un qui soit bien rémunéré en est une autre. Sans diplôme autre que celui de fin d’études primaires, il est bien difficile à Ismaël Omar d’obtenir un emploi à salaire décent, parmi les rares alors accessibles aux autochtones. Il ...ne peut pas entrer au Cours normal comme élève fonctionnaire et devenir instituteur. Il ne peut pas non plus être recruté comme élève infirmier. Et l’Armée ne l’intéresse guère en raison de son faible penchant pour l’exercice physique. Alors que faire ? Il végète un moment dans le chômage, vivotant aux crochets des autres. Puis, la chance lui sourit un jour de 1964 grâce à un agent et futur commissaire de police qu’il fréquente, Robleh Amir, qui l’informe de l’offre de quelques emplois dans la police coloniale. Un membre de sa famille élargie intervient en sa faveur auprès de l’administration coloniale, faisant valoir les états de service pro-coloniaux de son grand-père Guelleh Betel. Il est alors recruté comme policier et affecté, dans un premier temps, à la brigade des mœurs. La brigade des mœurs ? Sa connaissance de l’amharique, langue majoritaire parmi les travailleuses du sexe de la capitale, dont les clients sont en majorité des soldats coloniaux, semble motiver cette affectation. Il y trouve aussi son compte, lui qui ne connaît toujours pas de succès auprès des filles ordinaires.

Il est ensuite versé dans la police d'État (français), créée après les événements sanglants survenus lors de la visite du général De Gaulle des 25 et 26 août 1966 pour surveiller les frontières aériennes, maritimes et terrestres. Il est affecté à la section de l’Air et se retrouve à l’aéroport de Djibouti-ville. Aux côtés de son ami Yacin Yabeh Galab, lui aussi tôt sorti de l’école et recruté à la police sur intervention d’un proche notable, Ismaël Darar Assoweh dit Ismaël Madobé. C’est à l’aéroport qu’Ismaël Omar fait la connaissance de sa première épouse, Warmog Ahmed Abar, une jolie hôtesse de la compagnie aérienne du Territoire, Air Djibouti. Elle est originaire de la ville ferroviaire d’Ali-Sabieh, au sud du pays. Il tombe follement amoureux d’elle. Elle le fait macérer dans une attente inquiète avant de lui dire oui. De cette union célébrée en 1972, va naître un enfant en 1975 : Liban Ismaël Omar, fils aîné du futur chef de l'État. Mais comme sa conception survient à un moment où le mariage bat déjà de l’aile, cet enfant va venir au monde après divorce.

Il faut dire que depuis leurs épousailles les relations entre une hôtesse de l’air au caractère bien trempé et sûre de sa beauté et le policier colonial porté sur la bouteille et bedonnant ne cessent de se dégrader. Le sentiment de Warmog pour Ismaël se dissipe, si tant est qu’il ait réellement existé. Mais le réciproque n’est pas vrai. Lui l’aime toujours et s’accroche à elle. En vain. La famille du policier, ulcérée par cette situation, fait pression sur lui pour l’amener à divorcer. L’union prend fin en 1974, alors que la jeune femme est enceinte de Liban dont la conception est survenue quelques semaines plus tôt. Soulagée, Warmog donne tranquillement naissance à son enfant en 1975. Quelques mois plus tard, elle le confie à sa mère et part en France où elle reprend ses études. Au grand dam du policier qui ne parvient pas à faire le deuil de son amour, elle rencontre en terre française l’homme de sa vie en la personne d'Ahmed Omar Farah, étudiant en administration et fils d’un instituteur d’Ali-Sabieh devenu politicien. Ahmed et Warmog s’unissent et fondent une famille qui, outre le fils d’Ismaël Omar qui rejoint rapidement sa mère, compte bientôt cinq filles qui sont autant de bonnes élèves. Liban vit et grandit ainsi avec sa mère sans beaucoup voir son père biologique.

En dehors de ses affectations officielles, Ismaël Omar Guelleh effectue des tâches de renseignement au profit de l’administration coloniale. En échange, il perçoit au noir une rétribution d’indicateur qui lui permet d’arrondir ses fins de mois d’homme à dépenses. Il informe à la fois les chefs blancs du renseignement et les alliés politiques djiboutiens du colonialisme. Ainsi devient-il un visiteur assidu du cabinet d'Ali Aref Bourhan, l'homme de Paris et chef autochtone de l’exécutif du Territoire de 1960 à 1976. Il renseigne ce petit monde sur les faits et gestes des mouvements et militants indépendantistes, même s’il ne se limite pas à ces milieux pour noircir ses fiches. Entre absence de convictions et appétit de vie, l’homme descend bien bas. Ces états de services, par lesquels s’est illustré en son temps songrand-père Guelleh Betel, ne sont pas sans effet sur sa réputation. Souvent, l’on se méfie de lui et les conversations se font moins libres et moins engagées en sa présence. D’aucuns racontent que cette réputation peu glorieuse est l’un des facteurs à l’origine de l’échec de son mariage avec Warmog Ahmed Abar.

C’est ce personnage sans profondeur, qui vit intensément au jour le jour, tombant parfois d’ivresse sur la voie publique, qui se pique soudain d’engagement anti-colonialiste lorsque la marche pour l’Indépendance s’accélère à partir de fin 1974. Il est même renvoyé de la police coloniale en cette année-là, ce qu’il revendique comme un haut fait indépendantiste mais que de nombreux témoins de l’époque décrivent comme une simple manœuvre coloniale destinée à le crédibiliser aux yeux d’une opinion publique autochtone largement acquise à l’Indépendance.

En tout cas, ces errements n’empêchent pas Ismaël Omar Guelleh d’être propulsé vers les sommets de l'État post-colonial.

BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET: partie 3

Un neveu promu au service de son oncle

En effet, à ce collaborateur notoire du colonialisme, de ne pas être reconnu comme indépendantiste ne ferme pas la porte de son oncle Hassan Gouled Aptidon, chef de la Ligue populaire africaine pour l’Indépendance (LPAI), formation qui a embrassé en novembre 1974 la lutte pour l’Indépendance et capté l’...héritage moral du Parti du mouvement populaire (PMP) créé en 1960 par des partisans du grand leader indépendantiste disparu, Mahamoud Harbi Farah. Hassan Gouled, lui-même converti sur le tard à la cause de l’Indépendance qu’il a longtemps combattue contre Harbi et ses disciples, a encouragé en sous-main le policier colonial. En sous-main, car il feignait de se défier de lui en public.

Il faut dire qu’Ismaël Omar Guelleh est filialement proche de Gouled puisqu’ils sont tous deux de la sous-fraction Somali Issa Mamassane Bah-Fourlaba Reer Hirab. De plus, la collaboration avec le colonialisme ne saurait être un critère de disqualification aux yeux du chef de la LPAI, personnage au passé pro-colonial et au présent néo-colonial. Enfin, le policier jouit du soutien d’une personne influente auprès de Gouled : Amina Guelleh Ahmed, sœur de son père Omar Guelleh. La tante Amina pèse de tout son poids pour que le policier colonial soit admis dans l’entourage de Gouled. Celui-ci l’adopte et entreprend de lui imaginer une place. Ainsi, le nom d’Ismaël Omar Guelleh apparaît sur la couverture de Djibouti Aujourd’hui, une publication mensuelle de huit pages qui commence à paraître en février 1977, soit à quelques mois de la date du 27 juin 1977, jour de l'Indépendance. Il y apparaît comme…directeur de publication, ce qui fait sourire lorsque l’on connaît l’indigence de la plume du policier.
Dans les jours qui précèdent et suivent la proclamation de l’Indépendance, proclamation qui emprunte la bouche du futur et premier Premier ministre de la République de Djibouti, Ahmed Dini Ahmed, dont la contribution à l’Indépendance au titre de la LPAI a été essentielle, Hassan Gouled Aptidon multiplie les réunions secrètes avec les membres de son sous-clan Somali Issa Mamassane. A l’ordre du jour, les affectations aux postes clés du nouvel État dont il prend les rênes. Il s’agit pour lui et les siens de faire en sorte que les postes stratégiques soient occupés par des membres du sous-clan ou, à défaut, par d’autres proches sûrs, de manière à verrouiller l’appareil étatique et à conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Au cours de l’une de ces réunions, le vieux Gouled lâche ces mots qui en disent long sur sa volonté d'usurpation et de dictature: «Comme c’est nous Mamassane qui avons souffert pour l’Indépendance, cet État doit rester entre nos mains pour au moins cinquante ans». Indépendantiste, Gouled ? Point sûr, comme indiqué plus haut. Il est candidat à un siège de député colonial pas plus tard qu’en novembre 1973 et il ne prend publiquement position pour l’Indépendance qu’en novembre 1974 dans un communiqué de presse de la Ligue populaire africaine (LPA) qu’il préside et qui est née en 1972 d’une fusion entre son Union populaire africaine (UPA) et la Ligue pour l’Avenir et l’Ordre (LAO) de son ami Ahmed Dini Ahmed. Ce n’est, du reste, qu’en janvier 1975 que la LPA devient officiellement LPAI par adjonction à son sigle de la lettre I pour Indépendance.
C’est aussi lors de l'une de ces réunions que, sous la houlette de Gouled et de la tante Amina Guelleh, Ismaël Omar Guelleh est coopté chef de cabinet du président de la République. Il reçoit pour attributions les questions de sécurité, de renseignement, d’information et de culture. A ce titre, il est chargé de la mise en place et de la gestion des services spéciaux, qui prennent l’appellation de Service de documentation et de sécurité (SDS), ainsi que du contrôle de l’information et de la culture. Autant dire la mise sous surveillance de la liberté d’exp​ression. Pour s’en acquitter, sont mis à sa disposition d’importants fonds spéciaux dont il fait un usage discrétionnaire. Mais le bonheur du policier ne fait pas celui de son frère aîné Idriss Omar Guelleh, qui lorgne également vers ce poste. Mieux placé que lui en termes de militantisme, puisqu’il a été réellement actif au sein de la LPAI, dont il a notamment co-dirigé le service d’ordre avec le défunt Idriss Bodleh Adaweh, ou dans le mouvement syndical avec la confédération générale du travail qu’il a présidée, sans compter le champ culturel et artistique d’exp​ression somalie où il a contribué à la fondation de la troupe Arrey, Idriss Omar se verrait bien chef de cabinet de son président d’oncle. Seulement voilà, Gouled a bien moins confiance en ce personnage dont il n’ignore ni les accès de brutalité ni l’ambition qu’en un Ismaël Omar dont le sens de la docilité devant plus fort lui plaît. Et la tante Amina abonde dans le même sens que le chef de l'État.

Ces réunions secrètes sont encore l’occasion de prendre de vitesse les candidatures que pourraient avancer d’autres communautés djiboutiennes pour les postes stratégiques au sein du nouvel État et d’identifier des hommes sûrs hors du sous-clan Somali Issa Mamassane, c’est-à-dire de décider pour les autres. Ainsi est coopté au commandement de la Force nationale de sécurité (FNS) Yacin Yabeh Galab, l’ami d’enfance et le collègue d’Ismaël Omar. Celui-ci et quelques autres dont la tante Amina Guelleh parviennent à présenter le futur général de police comme un homme à la fois sûr pour la famille présidentielle, jugement au demeurant peu exagéré, et comptabilisable au titre du quota de hauts postes attribués aux Somalis Issa Fourlaba dont il est issu. Yacin Yabeh n’est pourtant pas le mieux placé pour la fonction au regard de son niveau d’instruction et de son classement de sortie du stage de formation qu’il vient d’effectuer avec quelques autres collègues à l’école française des officiers de paix. Il s’est classé 3ème, après Houssein Robleh Ibrahim alias Houssein Issak Hoche, Issa Mamassane Reer Allaleh, sorti second, et Mohamed Abdillahi God, Somali Samarone Habar Afane, classé premier. Les protestations de ces deux officiers se heurtent au mur de la raison Gouled-Guelleh.
De même, Ismaël Guedi Hared est coopté par les Mamassanes au poste hautement stratégique de directeur de cabinet du chef de l'État. Il est Somali Issa Saad Moussa et originaire d’Arta-Wéa. A défaut d’un administrateur qualifié dans leur sous-clan, et pour ne pas choquer les Non-Mamassanes, les participants aux réunions sécrètes estiment que cet inspecteur du Travail et des Lois sociales, premier autochtone du titre, formé à l'École de la France d’Outre-mer, et qui plus est a l’avantage d’être issu de l'une des deux branches du sous-clan Somali Issa Moussa, sous-clan le plus proche des Mamassanes, présente le profil de l’emploi qui consiste à faire tourner la machine administrative. C’est un technocrate qui, à la différence d'autres fonctionnaires, n'a pas manifesté d'activité indépendantiste perceptible. Gouled et les siens considèrent que cet homme de bureau, sans passé militant à faire valoir, serait tout à sa joie de les décharger de la gestion au quotidien de l’appareil administratif, leur permettant ainsi d’occuper l’espace politique et ses sinécures. Pour ce faire, le président Hassan Gouled Aptidon, entre les mains duquel ses principaux lieutenants somalis et non somalis (y compris le vif Ahmed Dini Ahmed) ont soigneusement concentré le pouvoir d'État, lui consent une délégation de signature générale mais non sans contrôle. Dans la même logique, et avec le soutien d'Ismaël Guedi Hared et d'autres, le président Gouled et les siens désignent le sous-officier gendarme Ali Méhidal Waiss pour occuper les fonctions de chef d'état-général de l'Armée et de la Gendarmerie, à l'issue d'un stage accéléré d'officier de six mois à Fréjus en France.

Du reste, ces réunions parallèles vont continuer tout au long du règne de Gouled. Elles vont même lui survivre, même si elles sont parfois perturbées par les jeux de pouvoir de la nouvelle Première dame, Kadra Mahamoud Haïd, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Pour l’heure, le jeune chef de cabinet (il est dans la trentaine) se lance à corps perdu dans le service de son oncle. Dans les paroles comme dans les actes. Dans les mots, Ismaël Omar ne tarit pas d’éloges à l'endroit de Gouled, en public comme en privé. Il affiche pour lui une vénération, du moins dans le verbe, qui rappelle par certains aspects le culte de personnalité voué à un certain empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie sous le règne duquel l'ancien policier est né et a grandi. Il va jusqu’à se lever d’un bond de sa chaise lorsqu’il reçoit un coup de fil du chef de l'État et à y répondre debout. Ce, même en présence de visiteurs dont certains se font le plaisir de le rapporter au président. Dans les actes aussi, en exécutant avec zèle tout ce que lui demande son oncle. Surveillances, mises sur écoute téléphonique, filatures, arrestations, détentions, tortures, enlèvements et séquestrations, montages de parodies de procès, assassinats, censures de toutes sortes, mises aux ordres de l’information comme de l’exp​ression artistique et culturelle… l’éventail des tâches est large. Qu’importe. L’essentiel est que cela serve l’oncle président, dispensateur de pouvoirs et de privilèges. Il suffit donc à Gouled de demander telle ou telle action pour qu’effet s’en suive. Du reste, et par souci d’habilité, le chef de l'État s’absente souvent du pays lorsqu’il a ordonné quelque mission inavouable à son neveu, que cette mission implique de verser du sang ou non. De la sorte, il peut toujours dire que cela s’est fait en son absence, donc à son insu. Du moins croit-il pouvoir abuser ainsi l’opinion publique, se trompant lourdement, car les Djiboutiens repèrent vite le procédé.
A ses débuts, cependant, et parce qu’il lui faut aussi apprendre à faire en supérieur ce qu’il a vu faire ou fait en subordonné sous l’administration coloniale et que le régime n’est pas encore solidement établi, Ismaël Omar Guelleh se montre accessible et débonnaire. Le mabraz qu’il vient de s'ouvrir à la résidence cossue qui lui a été affectée au Plateau du Serpent, secteur résidentiel de la capitale, non loin de l’hôpital général Peltier, est moins élitiste que d’autres. Beaucoup y viennent khater. Ils sont membres de la famille, amis, connaissances, artistes, solliciteurs divers, ou simples curieux venus voir de près le chef de cabinet de Gouled. Son bureau du palais présidentiel aussi. Il distribue bottes de khat, billets de banque, paroles de réconfort et autres interventions à ses visiteurs. Il fréquente les boîtes de nuit et court les filles. Il fait la fête, s’enivrant jusqu’à ne plus pouvoir tenir sur ses jambes.

Ce goût prononcé pour la fête, attire au chef de cabinet la réaction courroucée et empreinte de mépris de certains barons du régime. Ainsi, l’influent Idriss Farah Abaneh, ministre de l’Intérieur, le traite de «petit alcoolique» et s’inquiète de ses ivresses publiques auprès de Gouled. En revanche, son appétit de vie et ses apparences sympathiques contribuent quelque peu à adoucir son image de collaborateur du pouvoir colonial auprès d’une certaine frange jeune et occidentalisée de l’opinion publique.
Reste que cette accessibilité se révèle de courte durée. En effet, à mesure que le pouvoir de Gouled se consolide, au fil de l’extinction des voix extra-familiales influentes au sein du régime, qu’elles s’éteignent par mort, ou par éviction comme en font l’expérience les premiers ministres Ahmed Dini Ahmed et Abdallah Mohamed Kamil, Ismaël Omar Guelleh prend de l’assurance. Il limite l’accès de son mabraz et de son bureau, surtout après l’entrée dans sa vie de Kadra Mahamoud Haïd. Il finit par se retirer de la vie nocturne, préférant assouvir ses fortes envies d’alcool et de douceur féminine chez lui. Et pour donner des raisons sérieuses à ce changement d’attitude, il organise une mise en scène d’attaque armée à sa personne. Il demande à l’un de ses gardes de corps, agents de police fournis par la Force nationale de sécurité (FNS) de son ami Yacin Yabeh Galab, de tirer quelques balles dans un mur de sa résidence du Plateau du Serpent. Une fois le tir effectué, le chef de cabinet le met en avant auprès de son président d’oncle afin de se faire passer pour un homme menacé et à protéger en conséquence. L’opération lui permet d'obtenir des gardes de corps supplémentaires et de filtrer comme il l'entend l'accès de son bureau comme de son domicile. De même, il durcit et amplifie l'usage de la force, s'enfonçant dans la violence d'État. A suivre.
0

#2 L'utilisateur est hors-ligne   thorgal Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
18 754
Inscrit :
07-mai 08
Gender:
Male
Location:
La France et le monde parfois!!

Posté 08 juillet 2012 - 09:01

Voir le messageGargaro, le 08 juillet 2012 - 03:16 , dit :

BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET: premiere partie

Extraits d'un ouvrage à paraître, ouvrage écrit par un observateur privilégié de Djibouti. Ce livre a pour premier objectif d’apporter un éclairage sur l’homme qui dirige Djibouti d’une main de fer depuis 1999, le président Ismaël Omar Guelleh. Il retrace le parcours du chef de l'État depuis les origines familiales jusqu’à la succession du premier président de la République, Hassan Gouled Aptidon. Il montre comment un fils sans relief de cheminot, qui a tôt quitté les bancs de l’école et intégré la police coloniale, collaborant avec le colonisateur contre ses concitoyens indépendantistes, se retrouve au sein du cercle dirigeant du nouvel État et finit par en prendre les rênes. Afin de saisir les ressorts de celui qui préside aux destinées de la petite République de Djibouti, l'auteur s'appuie, entre autres sources, sur des informations de première main qui se chuchotent mais qui n’ont jamais été révélées au grand jour.

Et pour mieux percer à jour IOG (initiales du chef de l'État), l'ouvrage s'intéresse également au profil de l'influente Première Dame, Kadra Mahamoud Haïd. Il tire un portrait de cette femme ambitieuse et non démunie d’intelligence en remontant à son enfance, qui a été marquée par une grande blessure liée à ses origines. Comment les origines controversées d’un père, Mahamoud, ont-elles marqué dans sa chair sa fille, Kadra? Quelle a été l’influence de cet homme socialement et politiquement frustré sur elle ? Comment le rejet de son père par une société djiboutienne si à cheval sur la clarté généalogique a-t-il pu modeler la personnalité de Kadra, nourrir sa hargne et entretenir son désir de revanche ? Nous découvrirons comment elle parvient à se frayer un chemin vers le pouvoir, avant comme après l’Indépendance. Nous la suivrons dans sa trajectoire depuis son premier mariage avec un ancien Premier ministre, Abdallah Mohamed Kamil, jusqu’au titre de Première Dame.

Ismaël Omar Guelleh ou fils du népotisme

Enfance et jeunesse sans relief

Officiellement, Ismaël Omar Guelleh naît le 27 novembre 1947 à Dire-Dawa en Éthiopie. En réalité, ce Somali Issa Mamassan voit le jour quelques années plus tôt, en 1944, à Aïcha, petite localité ferroviaire éthiopienne située plus près de Djibouti que de Dire-Dawa. Son père, agent au Chemin de fer franco-éthiopien (CFE), futur Chemin de fer Djibouti-éthiopien (CDE), est le fils de Guelleh Ahmed Omar dit Guelleh Betel, pasteur nomade venu se sédentariser à Djibouti, alors colonie française connue sous le nom de Côte française des Somalis (CFS). Guelleh Betel fait partie de ces anciens recrutés par l’administration coloniale et rétribués comme akels (sages en arabe) pour le contrôle social des colonisés. Il est même l’un des plus appréciés et mieux payés pour ses services, ce qui vaut une attention particulière à sa progéniture, notamment à Omar, père d’Ismaël, qui peut ainsi suivre quelques années d’études primaires. La mère d'Ismaël, Moumina Rirache, est une femme somalie au foyer du clan Samarone. Elle est la seconde des quatre épouses d’Omar Guelleh.

Ismaël Omar Guelleh passe les premières années de sa vie à Aïcha, avec ses parents et sa fratrie. C’est à Aïcha qu’il va à l’école. Il y va à la madrasa ou école coranique. Son plus proche camarade de classe et de jeux est un certain Yacin Yabeh Galab, Somali Issa Fourlaba et futur chef de la police djiboutienne. A la madrasa, Ismaël Omar est un apprenant moyen. Son camarade et ami Yacin Yabeh ne brille pas non plus.

Le père de Yacin, Yabeh Galab, est boucher et sa mère, Hawa Ahmed, surnommée Hawa la Grande, en raison de sa grande taille, est marchande de produits divers entre Djibouti et Dire-Dawa. Hawa La Grande, une femme de caractère, fait partie de ces mères de famille qui utilisent le train pour faire un petit commerce ambulant de subsistance. A bord du train de voyageurs, elle se rend à Dire-Dawa où elle achète certains articles de consommation courante qu’elle va revendre à Djibouti-ville. Au retour, elle reprend le même moyen de transport avec d’autres articles demandés en Éthiopie. Ces commerçantes sont désignées sous l’appellation de "charchari" en langue somalie.

Plus tard, la famille d’Ismaël Omar Guelleh s’installe à Dire-Dawa. C’est là qu’il est inscrit à l’école laïque. Il va à l’Alliance française de Dire-Dawa, tout comme son ami Yacin Yabeh Galab dont la famille déménage aussi. A l’Alliance, ni Ismaël ni Yacin ne se distinguent par l’excellence de leurs résultats. Ismaël Omar est un élève moyen, qui ne se montre pas particulièrement motivé pour les études. Il lit peu, travaille à minima à la maison. De même, dans les relations entre jeunes, rien ne le distingue. Il ne brille pas sur les terrains de sport, il est d’ailleurs peu porté sur l’exercice physique. Les filles ne se retournent pas sur son passage et sa timidité (plus ou moins masquée) n’arrange pas ses projets de séduction. Il ne manifeste pas de charisme et ne mène pas ses camarades. Il évite les confrontations, s’esquive des compétitions, ravale ses colères. Des jeunes mâles dominants du quartier, il subit incartades et écarts de langage. Il subit ainsi la domination de garçons aussi divers que Saïd Guireh, surnommé le Manchot en raison d’un bras perdu en bas âge, Farah Hassan Guelleh, ou encore Abdillahi Doualeh Waïss, futur enseignant et future figure indépendantiste djiboutienne qui prendra le nom de lutte d’Iftine (Lueur en langue somalie). Ismaël Omar n’ose pas se mesurer non plus à un camarade de jeu tel qu’Ahmed Absieh Warsama, garçon au corps bien bâti et à l’esprit vif qui décrochera un baccalauréat scientifique à Djibouti et fera de brillantes études de médecine en France. Ahmed Absieh sera d’ailleurs, avec docteur Bourhan Mohamed Aref, le premier médecin diplômé djiboutien. En revanche, le petit-fils de Guelleh Betel aime à rire et à jouir de la vie. Il se montre glouton, friand de fêtes mais aussi de fantaisies vestimentaires sans goût. Il rêve de fortune facile, de confort sans effort et de femmes.

Cahin-caha, Ismaël Omar termine ses études primaires à l’Alliance française de Dire-Dawa. En rester là dans les apprentissages académiques ou les poursuivre dans l’enseignement secondaire ? La question se pose au petit-fils de Guelleh Betel. Il n’est pas sûr de vouloir entrer en secondaire. Mais les conseils pressants de ses parents et l’exemple de certains élèves de son âge tels qu’Ahmed Absieh finissent par le décider. Il quitte le domicile familial et l'Éthiopie pour Djibouti-ville où il entre au Cours complémentaire, nom que porte à l’époque le collège d’enseignement secondaire. C’est un établissement confessionnel, Cours Charles de Foucault, qui l’accueille. Il est nourri, logé et blanchi par des proches. Ces proches sont souvent des cousines et autres tantes mariées à des hommes qui savent remplir la marmite. Mais ce changement de pays, de ville et d’école, ne s’accompagne pas chez le fils de cheminot d’un changement d’attitude à l’endroit des études. En classe, il ne se montre pas plus motivé qu’à Dire-Dawa. En revanche, il met à profit la liberté que lui offre cet éloignement de la surveillance parentale pour s’adonner à de nouveaux petits plaisirs. Il commence à fumer. Il se met aussi à consommer du khat, cette amphétamine naturelle qui pousse en Éthiopie et au Yémen et que l’on mastique longuement dans les pays de la région. Pour s’offrir ces nouveaux plaisirs, son argent de poche ne suffit pas. Il sollicite alors amis, connaissances, camarades de classe et toute autre personne dont il repère la bienveillance.

Il finit par abandonner le Cours complémentaire au terme de deux ans. Il n’éprouve aucune envie de poursuivre ses études, préférant à l’austérité des apprentissages le désœuvrement et les petits plaisirs. Le voici hors de l’école, livré à lui-même et à la loi des désirs. Seulement, il ne suffit pas de désirer des choses, encore faut-il en avoir les moyens. Il lui faut de l’argent, il lui en faut bien plus que ce qu’il peut grappiller à gauche et à droite.

Il cherche un travail rémunéré.




BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET:partie 2

Il cherche un travail rémunéré.

Une carrière peu valorisante de policier colonial

Trouver un emploi est une chose, en obtenir un qui soit bien rémunéré en est une autre. Sans diplôme autre que celui de fin d’études primaires, il est bien difficile à Ismaël Omar d’obtenir un emploi à salaire décent, parmi les rares alors accessibles aux autochtones. Il ...ne peut pas entrer au Cours normal comme élève fonctionnaire et devenir instituteur. Il ne peut pas non plus être recruté comme élève infirmier. Et l’Armée ne l’intéresse guère en raison de son faible penchant pour l’exercice physique. Alors que faire ? Il végète un moment dans le chômage, vivotant aux crochets des autres. Puis, la chance lui sourit un jour de 1964 grâce à un agent et futur commissaire de police qu’il fréquente, Robleh Amir, qui l’informe de l’offre de quelques emplois dans la police coloniale. Un membre de sa famille élargie intervient en sa faveur auprès de l’administration coloniale, faisant valoir les états de service pro-coloniaux de son grand-père Guelleh Betel. Il est alors recruté comme policier et affecté, dans un premier temps, à la brigade des mœurs. La brigade des mœurs ? Sa connaissance de l’amharique, langue majoritaire parmi les travailleuses du sexe de la capitale, dont les clients sont en majorité des soldats coloniaux, semble motiver cette affectation. Il y trouve aussi son compte, lui qui ne connaît toujours pas de succès auprès des filles ordinaires.

Il est ensuite versé dans la police d'État (français), créée après les événements sanglants survenus lors de la visite du général De Gaulle des 25 et 26 août 1966 pour surveiller les frontières aériennes, maritimes et terrestres. Il est affecté à la section de l’Air et se retrouve à l’aéroport de Djibouti-ville. Aux côtés de son ami Yacin Yabeh Galab, lui aussi tôt sorti de l’école et recruté à la police sur intervention d’un proche notable, Ismaël Darar Assoweh dit Ismaël Madobé. C’est à l’aéroport qu’Ismaël Omar fait la connaissance de sa première épouse, Warmog Ahmed Abar, une jolie hôtesse de la compagnie aérienne du Territoire, Air Djibouti. Elle est originaire de la ville ferroviaire d’Ali-Sabieh, au sud du pays. Il tombe follement amoureux d’elle. Elle le fait macérer dans une attente inquiète avant de lui dire oui. De cette union célébrée en 1972, va naître un enfant en 1975 : Liban Ismaël Omar, fils aîné du futur chef de l'État. Mais comme sa conception survient à un moment où le mariage bat déjà de l’aile, cet enfant va venir au monde après divorce.

Il faut dire que depuis leurs épousailles les relations entre une hôtesse de l’air au caractère bien trempé et sûre de sa beauté et le policier colonial porté sur la bouteille et bedonnant ne cessent de se dégrader. Le sentiment de Warmog pour Ismaël se dissipe, si tant est qu’il ait réellement existé. Mais le réciproque n’est pas vrai. Lui l’aime toujours et s’accroche à elle. En vain. La famille du policier, ulcérée par cette situation, fait pression sur lui pour l’amener à divorcer. L’union prend fin en 1974, alors que la jeune femme est enceinte de Liban dont la conception est survenue quelques semaines plus tôt. Soulagée, Warmog donne tranquillement naissance à son enfant en 1975. Quelques mois plus tard, elle le confie à sa mère et part en France où elle reprend ses études. Au grand dam du policier qui ne parvient pas à faire le deuil de son amour, elle rencontre en terre française l’homme de sa vie en la personne d'Ahmed Omar Farah, étudiant en administration et fils d’un instituteur d’Ali-Sabieh devenu politicien. Ahmed et Warmog s’unissent et fondent une famille qui, outre le fils d’Ismaël Omar qui rejoint rapidement sa mère, compte bientôt cinq filles qui sont autant de bonnes élèves. Liban vit et grandit ainsi avec sa mère sans beaucoup voir son père biologique.

En dehors de ses affectations officielles, Ismaël Omar Guelleh effectue des tâches de renseignement au profit de l’administration coloniale. En échange, il perçoit au noir une rétribution d’indicateur qui lui permet d’arrondir ses fins de mois d’homme à dépenses. Il informe à la fois les chefs blancs du renseignement et les alliés politiques djiboutiens du colonialisme. Ainsi devient-il un visiteur assidu du cabinet d'Ali Aref Bourhan, l'homme de Paris et chef autochtone de l’exécutif du Territoire de 1960 à 1976. Il renseigne ce petit monde sur les faits et gestes des mouvements et militants indépendantistes, même s’il ne se limite pas à ces milieux pour noircir ses fiches. Entre absence de convictions et appétit de vie, l’homme descend bien bas. Ces états de services, par lesquels s’est illustré en son temps songrand-père Guelleh Betel, ne sont pas sans effet sur sa réputation. Souvent, l’on se méfie de lui et les conversations se font moins libres et moins engagées en sa présence. D’aucuns racontent que cette réputation peu glorieuse est l’un des facteurs à l’origine de l’échec de son mariage avec Warmog Ahmed Abar.

C’est ce personnage sans profondeur, qui vit intensément au jour le jour, tombant parfois d’ivresse sur la voie publique, qui se pique soudain d’engagement anti-colonialiste lorsque la marche pour l’Indépendance s’accélère à partir de fin 1974. Il est même renvoyé de la police coloniale en cette année-là, ce qu’il revendique comme un haut fait indépendantiste mais que de nombreux témoins de l’époque décrivent comme une simple manœuvre coloniale destinée à le crédibiliser aux yeux d’une opinion publique autochtone largement acquise à l’Indépendance.

En tout cas, ces errements n’empêchent pas Ismaël Omar Guelleh d’être propulsé vers les sommets de l'État post-colonial.

BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET: partie 3

Un neveu promu au service de son oncle

En effet, à ce collaborateur notoire du colonialisme, de ne pas être reconnu comme indépendantiste ne ferme pas la porte de son oncle Hassan Gouled Aptidon, chef de la Ligue populaire africaine pour l’Indépendance (LPAI), formation qui a embrassé en novembre 1974 la lutte pour l’Indépendance et capté l’...héritage moral du Parti du mouvement populaire (PMP) créé en 1960 par des partisans du grand leader indépendantiste disparu, Mahamoud Harbi Farah. Hassan Gouled, lui-même converti sur le tard à la cause de l’Indépendance qu’il a longtemps combattue contre Harbi et ses disciples, a encouragé en sous-main le policier colonial. En sous-main, car il feignait de se défier de lui en public.

Il faut dire qu’Ismaël Omar Guelleh est filialement proche de Gouled puisqu’ils sont tous deux de la sous-fraction Somali Issa Mamassane Bah-Fourlaba Reer Hirab. De plus, la collaboration avec le colonialisme ne saurait être un critère de disqualification aux yeux du chef de la LPAI, personnage au passé pro-colonial et au présent néo-colonial. Enfin, le policier jouit du soutien d’une personne influente auprès de Gouled : Amina Guelleh Ahmed, sœur de son père Omar Guelleh. La tante Amina pèse de tout son poids pour que le policier colonial soit admis dans l’entourage de Gouled. Celui-ci l’adopte et entreprend de lui imaginer une place. Ainsi, le nom d’Ismaël Omar Guelleh apparaît sur la couverture de Djibouti Aujourd’hui, une publication mensuelle de huit pages qui commence à paraître en février 1977, soit à quelques mois de la date du 27 juin 1977, jour de l'Indépendance. Il y apparaît comme…directeur de publication, ce qui fait sourire lorsque l’on connaît l’indigence de la plume du policier.
Dans les jours qui précèdent et suivent la proclamation de l’Indépendance, proclamation qui emprunte la bouche du futur et premier Premier ministre de la République de Djibouti, Ahmed Dini Ahmed, dont la contribution à l’Indépendance au titre de la LPAI a été essentielle, Hassan Gouled Aptidon multiplie les réunions secrètes avec les membres de son sous-clan Somali Issa Mamassane. A l’ordre du jour, les affectations aux postes clés du nouvel État dont il prend les rênes. Il s’agit pour lui et les siens de faire en sorte que les postes stratégiques soient occupés par des membres du sous-clan ou, à défaut, par d’autres proches sûrs, de manière à verrouiller l’appareil étatique et à conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Au cours de l’une de ces réunions, le vieux Gouled lâche ces mots qui en disent long sur sa volonté d'usurpation et de dictature: «Comme c’est nous Mamassane qui avons souffert pour l’Indépendance, cet État doit rester entre nos mains pour au moins cinquante ans». Indépendantiste, Gouled ? Point sûr, comme indiqué plus haut. Il est candidat à un siège de député colonial pas plus tard qu’en novembre 1973 et il ne prend publiquement position pour l’Indépendance qu’en novembre 1974 dans un communiqué de presse de la Ligue populaire africaine (LPA) qu’il préside et qui est née en 1972 d’une fusion entre son Union populaire africaine (UPA) et la Ligue pour l’Avenir et l’Ordre (LAO) de son ami Ahmed Dini Ahmed. Ce n’est, du reste, qu’en janvier 1975 que la LPA devient officiellement LPAI par adjonction à son sigle de la lettre I pour Indépendance.
C’est aussi lors de l'une de ces réunions que, sous la houlette de Gouled et de la tante Amina Guelleh, Ismaël Omar Guelleh est coopté chef de cabinet du président de la République. Il reçoit pour attributions les questions de sécurité, de renseignement, d’information et de culture. A ce titre, il est chargé de la mise en place et de la gestion des services spéciaux, qui prennent l’appellation de Service de documentation et de sécurité (SDS), ainsi que du contrôle de l’information et de la culture. Autant dire la mise sous surveillance de la liberté d’exp​ression. Pour s’en acquitter, sont mis à sa disposition d’importants fonds spéciaux dont il fait un usage discrétionnaire. Mais le bonheur du policier ne fait pas celui de son frère aîné Idriss Omar Guelleh, qui lorgne également vers ce poste. Mieux placé que lui en termes de militantisme, puisqu’il a été réellement actif au sein de la LPAI, dont il a notamment co-dirigé le service d’ordre avec le défunt Idriss Bodleh Adaweh, ou dans le mouvement syndical avec la confédération générale du travail qu’il a présidée, sans compter le champ culturel et artistique d’exp​ression somalie où il a contribué à la fondation de la troupe Arrey, Idriss Omar se verrait bien chef de cabinet de son président d’oncle. Seulement voilà, Gouled a bien moins confiance en ce personnage dont il n’ignore ni les accès de brutalité ni l’ambition qu’en un Ismaël Omar dont le sens de la docilité devant plus fort lui plaît. Et la tante Amina abonde dans le même sens que le chef de l'État.

Ces réunions secrètes sont encore l’occasion de prendre de vitesse les candidatures que pourraient avancer d’autres communautés djiboutiennes pour les postes stratégiques au sein du nouvel État et d’identifier des hommes sûrs hors du sous-clan Somali Issa Mamassane, c’est-à-dire de décider pour les autres. Ainsi est coopté au commandement de la Force nationale de sécurité (FNS) Yacin Yabeh Galab, l’ami d’enfance et le collègue d’Ismaël Omar. Celui-ci et quelques autres dont la tante Amina Guelleh parviennent à présenter le futur général de police comme un homme à la fois sûr pour la famille présidentielle, jugement au demeurant peu exagéré, et comptabilisable au titre du quota de hauts postes attribués aux Somalis Issa Fourlaba dont il est issu. Yacin Yabeh n’est pourtant pas le mieux placé pour la fonction au regard de son niveau d’instruction et de son classement de sortie du stage de formation qu’il vient d’effectuer avec quelques autres collègues à l’école française des officiers de paix. Il s’est classé 3ème, après Houssein Robleh Ibrahim alias Houssein Issak Hoche, Issa Mamassane Reer Allaleh, sorti second, et Mohamed Abdillahi God, Somali Samarone Habar Afane, classé premier. Les protestations de ces deux officiers se heurtent au mur de la raison Gouled-Guelleh.
De même, Ismaël Guedi Hared est coopté par les Mamassanes au poste hautement stratégique de directeur de cabinet du chef de l'État. Il est Somali Issa Saad Moussa et originaire d’Arta-Wéa. A défaut d’un administrateur qualifié dans leur sous-clan, et pour ne pas choquer les Non-Mamassanes, les participants aux réunions sécrètes estiment que cet inspecteur du Travail et des Lois sociales, premier autochtone du titre, formé à l'École de la France d’Outre-mer, et qui plus est a l’avantage d’être issu de l'une des deux branches du sous-clan Somali Issa Moussa, sous-clan le plus proche des Mamassanes, présente le profil de l’emploi qui consiste à faire tourner la machine administrative. C’est un technocrate qui, à la différence d'autres fonctionnaires, n'a pas manifesté d'activité indépendantiste perceptible. Gouled et les siens considèrent que cet homme de bureau, sans passé militant à faire valoir, serait tout à sa joie de les décharger de la gestion au quotidien de l’appareil administratif, leur permettant ainsi d’occuper l’espace politique et ses sinécures. Pour ce faire, le président Hassan Gouled Aptidon, entre les mains duquel ses principaux lieutenants somalis et non somalis (y compris le vif Ahmed Dini Ahmed) ont soigneusement concentré le pouvoir d'État, lui consent une délégation de signature générale mais non sans contrôle. Dans la même logique, et avec le soutien d'Ismaël Guedi Hared et d'autres, le président Gouled et les siens désignent le sous-officier gendarme Ali Méhidal Waiss pour occuper les fonctions de chef d'état-général de l'Armée et de la Gendarmerie, à l'issue d'un stage accéléré d'officier de six mois à Fréjus en France.

Du reste, ces réunions parallèles vont continuer tout au long du règne de Gouled. Elles vont même lui survivre, même si elles sont parfois perturbées par les jeux de pouvoir de la nouvelle Première dame, Kadra Mahamoud Haïd, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Pour l’heure, le jeune chef de cabinet (il est dans la trentaine) se lance à corps perdu dans le service de son oncle. Dans les paroles comme dans les actes. Dans les mots, Ismaël Omar ne tarit pas d’éloges à l'endroit de Gouled, en public comme en privé. Il affiche pour lui une vénération, du moins dans le verbe, qui rappelle par certains aspects le culte de personnalité voué à un certain empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie sous le règne duquel l'ancien policier est né et a grandi. Il va jusqu’à se lever d’un bond de sa chaise lorsqu’il reçoit un coup de fil du chef de l'État et à y répondre debout. Ce, même en présence de visiteurs dont certains se font le plaisir de le rapporter au président. Dans les actes aussi, en exécutant avec zèle tout ce que lui demande son oncle. Surveillances, mises sur écoute téléphonique, filatures, arrestations, détentions, tortures, enlèvements et séquestrations, montages de parodies de procès, assassinats, censures de toutes sortes, mises aux ordres de l’information comme de l’exp​ression artistique et culturelle… l’éventail des tâches est large. Qu’importe. L’essentiel est que cela serve l’oncle président, dispensateur de pouvoirs et de privilèges. Il suffit donc à Gouled de demander telle ou telle action pour qu’effet s’en suive. Du reste, et par souci d’habilité, le chef de l'État s’absente souvent du pays lorsqu’il a ordonné quelque mission inavouable à son neveu, que cette mission implique de verser du sang ou non. De la sorte, il peut toujours dire que cela s’est fait en son absence, donc à son insu. Du moins croit-il pouvoir abuser ainsi l’opinion publique, se trompant lourdement, car les Djiboutiens repèrent vite le procédé.
A ses débuts, cependant, et parce qu’il lui faut aussi apprendre à faire en supérieur ce qu’il a vu faire ou fait en subordonné sous l’administration coloniale et que le régime n’est pas encore solidement établi, Ismaël Omar Guelleh se montre accessible et débonnaire. Le mabraz qu’il vient de s'ouvrir à la résidence cossue qui lui a été affectée au Plateau du Serpent, secteur résidentiel de la capitale, non loin de l’hôpital général Peltier, est moins élitiste que d’autres. Beaucoup y viennent khater. Ils sont membres de la famille, amis, connaissances, artistes, solliciteurs divers, ou simples curieux venus voir de près le chef de cabinet de Gouled. Son bureau du palais présidentiel aussi. Il distribue bottes de khat, billets de banque, paroles de réconfort et autres interventions à ses visiteurs. Il fréquente les boîtes de nuit et court les filles. Il fait la fête, s’enivrant jusqu’à ne plus pouvoir tenir sur ses jambes.

Ce goût prononcé pour la fête, attire au chef de cabinet la réaction courroucée et empreinte de mépris de certains barons du régime. Ainsi, l’influent Idriss Farah Abaneh, ministre de l’Intérieur, le traite de «petit alcoolique» et s’inquiète de ses ivresses publiques auprès de Gouled. En revanche, son appétit de vie et ses apparences sympathiques contribuent quelque peu à adoucir son image de collaborateur du pouvoir colonial auprès d’une certaine frange jeune et occidentalisée de l’opinion publique.
Reste que cette accessibilité se révèle de courte durée. En effet, à mesure que le pouvoir de Gouled se consolide, au fil de l’extinction des voix extra-familiales influentes au sein du régime, qu’elles s’éteignent par mort, ou par éviction comme en font l’expérience les premiers ministres Ahmed Dini Ahmed et Abdallah Mohamed Kamil, Ismaël Omar Guelleh prend de l’assurance. Il limite l’accès de son mabraz et de son bureau, surtout après l’entrée dans sa vie de Kadra Mahamoud Haïd. Il finit par se retirer de la vie nocturne, préférant assouvir ses fortes envies d’alcool et de douceur féminine chez lui. Et pour donner des raisons sérieuses à ce changement d’attitude, il organise une mise en scène d’attaque armée à sa personne. Il demande à l’un de ses gardes de corps, agents de police fournis par la Force nationale de sécurité (FNS) de son ami Yacin Yabeh Galab, de tirer quelques balles dans un mur de sa résidence du Plateau du Serpent. Une fois le tir effectué, le chef de cabinet le met en avant auprès de son président d’oncle afin de se faire passer pour un homme menacé et à protéger en conséquence. L’opération lui permet d'obtenir des gardes de corps supplémentaires et de filtrer comme il l'entend l'accès de son bureau comme de son domicile. De même, il durcit et amplifie l'usage de la force, s'enfonçant dans la violence d'État. A suivre.

Je pensais que diplomito ferait uneprésentation de son maitre....
Mais un autre lui a coupé l'herbe sous les pieds!!
Alors diplo, que penses tu de cette biographie ??
B)
"Le boeuf est lent..
Mais la terre est patiente"
0

#3 L'utilisateur est hors-ligne   ELMI_ Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
10 603
Inscrit :
06-août 10
Gender:
Male
Location:
NY

Posté 23 décembre 2015 - 04:50

Voir le messagethorgal, le 08 juillet 2012 - 01:01 , dit :

Je pensais que diplomito
B)

pense autant que tu veut,thorgal pense en étant omniprésent sur un forum djiboutien
Cocorico
0

#4 L'utilisateur est hors-ligne   thorgal Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
18 754
Inscrit :
07-mai 08
Gender:
Male
Location:
La France et le monde parfois!!

Posté 23 décembre 2015 - 09:46

Voir le messageELMI_, le 23 décembre 2015 - 02:50 , dit :

pense autant que tu veut,thorgal pense en étant omniprésent sur un forum djiboutien

Essaye de construire tes réponses. ..
Ici tu veux parler d'iog en nous ressortant ce vieux sujet...
Mais au lieu de parler du sujet tu ne parles que de moi !!!
C'est gentil...Mais si tu voulais parler de moi..
Les sujets ne manquent pas sur le forum!!
Fais un effort...
B)
"Le boeuf est lent..
Mais la terre est patiente"
0

#5 L'utilisateur est hors-ligne   ELMI_ Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
10 603
Inscrit :
06-août 10
Gender:
Male
Location:
NY

Posté 15 janvier 2016 - 11:17

Voir le messageGargaro, le 08 juillet 2012 - 09:16 , dit :

BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET: premiere partie

Extraits d'un ouvrage à paraître, ouvrage écrit par un observateur privilégié de Djibouti. Ce livre a pour premier objectif d’apporter un éclairage sur l’homme qui dirige Djibouti d’une main de fer depuis 1999, le président Ismaël Omar Guelleh. Il retrace le parcours du chef de l'État depuis les origines familiales jusqu’à la succession du premier président de la République, Hassan Gouled Aptidon. Il montre comment un fils sans relief de cheminot, qui a tôt quitté les bancs de l’école et intégré la police coloniale, collaborant avec le colonisateur contre ses concitoyens indépendantistes, se retrouve au sein du cercle dirigeant du nouvel État et finit par en prendre les rênes. Afin de saisir les ressorts de celui qui préside aux destinées de la petite République de Djibouti, l'auteur s'appuie, entre autres sources, sur des informations de première main qui se chuchotent mais qui n’ont jamais été révélées au grand jour.

Et pour mieux percer à jour IOG (initiales du chef de l'État), l'ouvrage s'intéresse également au profil de l'influente Première Dame, Kadra Mahamoud Haïd. Il tire un portrait de cette femme ambitieuse et non démunie d’intelligence en remontant à son enfance, qui a été marquée par une grande blessure liée à ses origines. Comment les origines controversées d’un père, Mahamoud, ont-elles marqué dans sa chair sa fille, Kadra? Quelle a été l’influence de cet homme socialement et politiquement frustré sur elle ? Comment le rejet de son père par une société djiboutienne si à cheval sur la clarté généalogique a-t-il pu modeler la personnalité de Kadra, nourrir sa hargne et entretenir son désir de revanche ? Nous découvrirons comment elle parvient à se frayer un chemin vers le pouvoir, avant comme après l’Indépendance. Nous la suivrons dans sa trajectoire depuis son premier mariage avec un ancien Premier ministre, Abdallah Mohamed Kamil, jusqu’au titre de Première Dame.

Ismaël Omar Guelleh ou fils du népotisme

Enfance et jeunesse sans relief

Officiellement, Ismaël Omar Guelleh naît le 27 novembre 1947 à Dire-Dawa en Éthiopie. En réalité, ce Somali Issa Mamassan voit le jour quelques années plus tôt, en 1944, à Aïcha, petite localité ferroviaire éthiopienne située plus près de Djibouti que de Dire-Dawa. Son père, agent au Chemin de fer franco-éthiopien (CFE), futur Chemin de fer Djibouti-éthiopien (CDE), est le fils de Guelleh Ahmed Omar dit Guelleh Betel, pasteur nomade venu se sédentariser à Djibouti, alors colonie française connue sous le nom de Côte française des Somalis (CFS). Guelleh Betel fait partie de ces anciens recrutés par l’administration coloniale et rétribués comme akels (sages en arabe) pour le contrôle social des colonisés. Il est même l’un des plus appréciés et mieux payés pour ses services, ce qui vaut une attention particulière à sa progéniture, notamment à Omar, père d’Ismaël, qui peut ainsi suivre quelques années d’études primaires. La mère d'Ismaël, Moumina Rirache, est une femme somalie au foyer du clan Samarone. Elle est la seconde des quatre épouses d’Omar Guelleh.

Ismaël Omar Guelleh passe les premières années de sa vie à Aïcha, avec ses parents et sa fratrie. C’est à Aïcha qu’il va à l’école. Il y va à la madrasa ou école coranique. Son plus proche camarade de classe et de jeux est un certain Yacin Yabeh Galab, Somali Issa Fourlaba et futur chef de la police djiboutienne. A la madrasa, Ismaël Omar est un apprenant moyen. Son camarade et ami Yacin Yabeh ne brille pas non plus.

Le père de Yacin, Yabeh Galab, est boucher et sa mère, Hawa Ahmed, surnommée Hawa la Grande, en raison de sa grande taille, est marchande de produits divers entre Djibouti et Dire-Dawa. Hawa La Grande, une femme de caractère, fait partie de ces mères de famille qui utilisent le train pour faire un petit commerce ambulant de subsistance. A bord du train de voyageurs, elle se rend à Dire-Dawa où elle achète certains articles de consommation courante qu’elle va revendre à Djibouti-ville. Au retour, elle reprend le même moyen de transport avec d’autres articles demandés en Éthiopie. Ces commerçantes sont désignées sous l’appellation de "charchari" en langue somalie.

Plus tard, la famille d’Ismaël Omar Guelleh s’installe à Dire-Dawa. C’est là qu’il est inscrit à l’école laïque. Il va à l’Alliance française de Dire-Dawa, tout comme son ami Yacin Yabeh Galab dont la famille déménage aussi. A l’Alliance, ni Ismaël ni Yacin ne se distinguent par l’excellence de leurs résultats. Ismaël Omar est un élève moyen, qui ne se montre pas particulièrement motivé pour les études. Il lit peu, travaille à minima à la maison. De même, dans les relations entre jeunes, rien ne le distingue. Il ne brille pas sur les terrains de sport, il est d’ailleurs peu porté sur l’exercice physique. Les filles ne se retournent pas sur son passage et sa timidité (plus ou moins masquée) n’arrange pas ses projets de séduction. Il ne manifeste pas de charisme et ne mène pas ses camarades. Il évite les confrontations, s’esquive des compétitions, ravale ses colères. Des jeunes mâles dominants du quartier, il subit incartades et écarts de langage. Il subit ainsi la domination de garçons aussi divers que Saïd Guireh, surnommé le Manchot en raison d’un bras perdu en bas âge, Farah Hassan Guelleh, ou encore Abdillahi Doualeh Waïss, futur enseignant et future figure indépendantiste djiboutienne qui prendra le nom de lutte d’Iftine (Lueur en langue somalie). Ismaël Omar n’ose pas se mesurer non plus à un camarade de jeu tel qu’Ahmed Absieh Warsama, garçon au corps bien bâti et à l’esprit vif qui décrochera un baccalauréat scientifique à Djibouti et fera de brillantes études de médecine en France. Ahmed Absieh sera d’ailleurs, avec docteur Bourhan Mohamed Aref, le premier médecin diplômé djiboutien. En revanche, le petit-fils de Guelleh Betel aime à rire et à jouir de la vie. Il se montre glouton, friand de fêtes mais aussi de fantaisies vestimentaires sans goût. Il rêve de fortune facile, de confort sans effort et de femmes.

Cahin-caha, Ismaël Omar termine ses études primaires à l’Alliance française de Dire-Dawa. En rester là dans les apprentissages académiques ou les poursuivre dans l’enseignement secondaire ? La question se pose au petit-fils de Guelleh Betel. Il n’est pas sûr de vouloir entrer en secondaire. Mais les conseils pressants de ses parents et l’exemple de certains élèves de son âge tels qu’Ahmed Absieh finissent par le décider. Il quitte le domicile familial et l'Éthiopie pour Djibouti-ville où il entre au Cours complémentaire, nom que porte à l’époque le collège d’enseignement secondaire. C’est un établissement confessionnel, Cours Charles de Foucault, qui l’accueille. Il est nourri, logé et blanchi par des proches. Ces proches sont souvent des cousines et autres tantes mariées à des hommes qui savent remplir la marmite. Mais ce changement de pays, de ville et d’école, ne s’accompagne pas chez le fils de cheminot d’un changement d’attitude à l’endroit des études. En classe, il ne se montre pas plus motivé qu’à Dire-Dawa. En revanche, il met à profit la liberté que lui offre cet éloignement de la surveillance parentale pour s’adonner à de nouveaux petits plaisirs. Il commence à fumer. Il se met aussi à consommer du khat, cette amphétamine naturelle qui pousse en Éthiopie et au Yémen et que l’on mastique longuement dans les pays de la région. Pour s’offrir ces nouveaux plaisirs, son argent de poche ne suffit pas. Il sollicite alors amis, connaissances, camarades de classe et toute autre personne dont il repère la bienveillance.

Il finit par abandonner le Cours complémentaire au terme de deux ans. Il n’éprouve aucune envie de poursuivre ses études, préférant à l’austérité des apprentissages le désœuvrement et les petits plaisirs. Le voici hors de l’école, livré à lui-même et à la loi des désirs. Seulement, il ne suffit pas de désirer des choses, encore faut-il en avoir les moyens. Il lui faut de l’argent, il lui en faut bien plus que ce qu’il peut grappiller à gauche et à droite.

Il cherche un travail rémunéré.




BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET:partie 2

Il cherche un travail rémunéré.

Une carrière peu valorisante de policier colonial

Trouver un emploi est une chose, en obtenir un qui soit bien rémunéré en est une autre. Sans diplôme autre que celui de fin d’études primaires, il est bien difficile à Ismaël Omar d’obtenir un emploi à salaire décent, parmi les rares alors accessibles aux autochtones. Il ...ne peut pas entrer au Cours normal comme élève fonctionnaire et devenir instituteur. Il ne peut pas non plus être recruté comme élève infirmier. Et l’Armée ne l’intéresse guère en raison de son faible penchant pour l’exercice physique. Alors que faire ? Il végète un moment dans le chômage, vivotant aux crochets des autres. Puis, la chance lui sourit un jour de 1964 grâce à un agent et futur commissaire de police qu’il fréquente, Robleh Amir, qui l’informe de l’offre de quelques emplois dans la police coloniale. Un membre de sa famille élargie intervient en sa faveur auprès de l’administration coloniale, faisant valoir les états de service pro-coloniaux de son grand-père Guelleh Betel. Il est alors recruté comme policier et affecté, dans un premier temps, à la brigade des mœurs. La brigade des mœurs ? Sa connaissance de l’amharique, langue majoritaire parmi les travailleuses du sexe de la capitale, dont les clients sont en majorité des soldats coloniaux, semble motiver cette affectation. Il y trouve aussi son compte, lui qui ne connaît toujours pas de succès auprès des filles ordinaires.

Il est ensuite versé dans la police d'État (français), créée après les événements sanglants survenus lors de la visite du général De Gaulle des 25 et 26 août 1966 pour surveiller les frontières aériennes, maritimes et terrestres. Il est affecté à la section de l’Air et se retrouve à l’aéroport de Djibouti-ville. Aux côtés de son ami Yacin Yabeh Galab, lui aussi tôt sorti de l’école et recruté à la police sur intervention d’un proche notable, Ismaël Darar Assoweh dit Ismaël Madobé. C’est à l’aéroport qu’Ismaël Omar fait la connaissance de sa première épouse, Warmog Ahmed Abar, une jolie hôtesse de la compagnie aérienne du Territoire, Air Djibouti. Elle est originaire de la ville ferroviaire d’Ali-Sabieh, au sud du pays. Il tombe follement amoureux d’elle. Elle le fait macérer dans une attente inquiète avant de lui dire oui. De cette union célébrée en 1972, va naître un enfant en 1975 : Liban Ismaël Omar, fils aîné du futur chef de l'État. Mais comme sa conception survient à un moment où le mariage bat déjà de l’aile, cet enfant va venir au monde après divorce.

Il faut dire que depuis leurs épousailles les relations entre une hôtesse de l’air au caractère bien trempé et sûre de sa beauté et le policier colonial porté sur la bouteille et bedonnant ne cessent de se dégrader. Le sentiment de Warmog pour Ismaël se dissipe, si tant est qu’il ait réellement existé. Mais le réciproque n’est pas vrai. Lui l’aime toujours et s’accroche à elle. En vain. La famille du policier, ulcérée par cette situation, fait pression sur lui pour l’amener à divorcer. L’union prend fin en 1974, alors que la jeune femme est enceinte de Liban dont la conception est survenue quelques semaines plus tôt. Soulagée, Warmog donne tranquillement naissance à son enfant en 1975. Quelques mois plus tard, elle le confie à sa mère et part en France où elle reprend ses études. Au grand dam du policier qui ne parvient pas à faire le deuil de son amour, elle rencontre en terre française l’homme de sa vie en la personne d'Ahmed Omar Farah, étudiant en administration et fils d’un instituteur d’Ali-Sabieh devenu politicien. Ahmed et Warmog s’unissent et fondent une famille qui, outre le fils d’Ismaël Omar qui rejoint rapidement sa mère, compte bientôt cinq filles qui sont autant de bonnes élèves. Liban vit et grandit ainsi avec sa mère sans beaucoup voir son père biologique.

En dehors de ses affectations officielles, Ismaël Omar Guelleh effectue des tâches de renseignement au profit de l’administration coloniale. En échange, il perçoit au noir une rétribution d’indicateur qui lui permet d’arrondir ses fins de mois d’homme à dépenses. Il informe à la fois les chefs blancs du renseignement et les alliés politiques djiboutiens du colonialisme. Ainsi devient-il un visiteur assidu du cabinet d'Ali Aref Bourhan, l'homme de Paris et chef autochtone de l’exécutif du Territoire de 1960 à 1976. Il renseigne ce petit monde sur les faits et gestes des mouvements et militants indépendantistes, même s’il ne se limite pas à ces milieux pour noircir ses fiches. Entre absence de convictions et appétit de vie, l’homme descend bien bas. Ces états de services, par lesquels s’est illustré en son temps songrand-père Guelleh Betel, ne sont pas sans effet sur sa réputation. Souvent, l’on se méfie de lui et les conversations se font moins libres et moins engagées en sa présence. D’aucuns racontent que cette réputation peu glorieuse est l’un des facteurs à l’origine de l’échec de son mariage avec Warmog Ahmed Abar.

C’est ce personnage sans profondeur, qui vit intensément au jour le jour, tombant parfois d’ivresse sur la voie publique, qui se pique soudain d’engagement anti-colonialiste lorsque la marche pour l’Indépendance s’accélère à partir de fin 1974. Il est même renvoyé de la police coloniale en cette année-là, ce qu’il revendique comme un haut fait indépendantiste mais que de nombreux témoins de l’époque décrivent comme une simple manœuvre coloniale destinée à le crédibiliser aux yeux d’une opinion publique autochtone largement acquise à l’Indépendance.

En tout cas, ces errements n’empêchent pas Ismaël Omar Guelleh d’être propulsé vers les sommets de l'État post-colonial.

BIOGRAPHIE D’ ISMAEL OMAR GUELLET: partie 3

Un neveu promu au service de son oncle

En effet, à ce collaborateur notoire du colonialisme, de ne pas être reconnu comme indépendantiste ne ferme pas la porte de son oncle Hassan Gouled Aptidon, chef de la Ligue populaire africaine pour l’Indépendance (LPAI), formation qui a embrassé en novembre 1974 la lutte pour l’Indépendance et capté l’...héritage moral du Parti du mouvement populaire (PMP) créé en 1960 par des partisans du grand leader indépendantiste disparu, Mahamoud Harbi Farah. Hassan Gouled, lui-même converti sur le tard à la cause de l’Indépendance qu’il a longtemps combattue contre Harbi et ses disciples, a encouragé en sous-main le policier colonial. En sous-main, car il feignait de se défier de lui en public.

Il faut dire qu’Ismaël Omar Guelleh est filialement proche de Gouled puisqu’ils sont tous deux de la sous-fraction Somali Issa Mamassane Bah-Fourlaba Reer Hirab. De plus, la collaboration avec le colonialisme ne saurait être un critère de disqualification aux yeux du chef de la LPAI, personnage au passé pro-colonial et au présent néo-colonial. Enfin, le policier jouit du soutien d’une personne influente auprès de Gouled : Amina Guelleh Ahmed, sœur de son père Omar Guelleh. La tante Amina pèse de tout son poids pour que le policier colonial soit admis dans l’entourage de Gouled. Celui-ci l’adopte et entreprend de lui imaginer une place. Ainsi, le nom d’Ismaël Omar Guelleh apparaît sur la couverture de Djibouti Aujourd’hui, une publication mensuelle de huit pages qui commence à paraître en février 1977, soit à quelques mois de la date du 27 juin 1977, jour de l'Indépendance. Il y apparaît comme…directeur de publication, ce qui fait sourire lorsque l’on connaît l’indigence de la plume du policier.
Dans les jours qui précèdent et suivent la proclamation de l’Indépendance, proclamation qui emprunte la bouche du futur et premier Premier ministre de la République de Djibouti, Ahmed Dini Ahmed, dont la contribution à l’Indépendance au titre de la LPAI a été essentielle, Hassan Gouled Aptidon multiplie les réunions secrètes avec les membres de son sous-clan Somali Issa Mamassane. A l’ordre du jour, les affectations aux postes clés du nouvel État dont il prend les rênes. Il s’agit pour lui et les siens de faire en sorte que les postes stratégiques soient occupés par des membres du sous-clan ou, à défaut, par d’autres proches sûrs, de manière à verrouiller l’appareil étatique et à conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Au cours de l’une de ces réunions, le vieux Gouled lâche ces mots qui en disent long sur sa volonté d'usurpation et de dictature: «Comme c’est nous Mamassane qui avons souffert pour l’Indépendance, cet État doit rester entre nos mains pour au moins cinquante ans». Indépendantiste, Gouled ? Point sûr, comme indiqué plus haut. Il est candidat à un siège de député colonial pas plus tard qu’en novembre 1973 et il ne prend publiquement position pour l’Indépendance qu’en novembre 1974 dans un communiqué de presse de la Ligue populaire africaine (LPA) qu’il préside et qui est née en 1972 d’une fusion entre son Union populaire africaine (UPA) et la Ligue pour l’Avenir et l’Ordre (LAO) de son ami Ahmed Dini Ahmed. Ce n’est, du reste, qu’en janvier 1975 que la LPA devient officiellement LPAI par adjonction à son sigle de la lettre I pour Indépendance.
C’est aussi lors de l'une de ces réunions que, sous la houlette de Gouled et de la tante Amina Guelleh, Ismaël Omar Guelleh est coopté chef de cabinet du président de la République. Il reçoit pour attributions les questions de sécurité, de renseignement, d’information et de culture. A ce titre, il est chargé de la mise en place et de la gestion des services spéciaux, qui prennent l’appellation de Service de documentation et de sécurité (SDS), ainsi que du contrôle de l’information et de la culture. Autant dire la mise sous surveillance de la liberté d’exp​ression. Pour s’en acquitter, sont mis à sa disposition d’importants fonds spéciaux dont il fait un usage discrétionnaire. Mais le bonheur du policier ne fait pas celui de son frère aîné Idriss Omar Guelleh, qui lorgne également vers ce poste. Mieux placé que lui en termes de militantisme, puisqu’il a été réellement actif au sein de la LPAI, dont il a notamment co-dirigé le service d’ordre avec le défunt Idriss Bodleh Adaweh, ou dans le mouvement syndical avec la confédération générale du travail qu’il a présidée, sans compter le champ culturel et artistique d’exp​ression somalie où il a contribué à la fondation de la troupe Arrey, Idriss Omar se verrait bien chef de cabinet de son président d’oncle. Seulement voilà, Gouled a bien moins confiance en ce personnage dont il n’ignore ni les accès de brutalité ni l’ambition qu’en un Ismaël Omar dont le sens de la docilité devant plus fort lui plaît. Et la tante Amina abonde dans le même sens que le chef de l'État.

Ces réunions secrètes sont encore l’occasion de prendre de vitesse les candidatures que pourraient avancer d’autres communautés djiboutiennes pour les postes stratégiques au sein du nouvel État et d’identifier des hommes sûrs hors du sous-clan Somali Issa Mamassane, c’est-à-dire de décider pour les autres. Ainsi est coopté au commandement de la Force nationale de sécurité (FNS) Yacin Yabeh Galab, l’ami d’enfance et le collègue d’Ismaël Omar. Celui-ci et quelques autres dont la tante Amina Guelleh parviennent à présenter le futur général de police comme un homme à la fois sûr pour la famille présidentielle, jugement au demeurant peu exagéré, et comptabilisable au titre du quota de hauts postes attribués aux Somalis Issa Fourlaba dont il est issu. Yacin Yabeh n’est pourtant pas le mieux placé pour la fonction au regard de son niveau d’instruction et de son classement de sortie du stage de formation qu’il vient d’effectuer avec quelques autres collègues à l’école française des officiers de paix. Il s’est classé 3ème, après Houssein Robleh Ibrahim alias Houssein Issak Hoche, Issa Mamassane Reer Allaleh, sorti second, et Mohamed Abdillahi God, Somali Samarone Habar Afane, classé premier. Les protestations de ces deux officiers se heurtent au mur de la raison Gouled-Guelleh.
De même, Ismaël Guedi Hared est coopté par les Mamassanes au poste hautement stratégique de directeur de cabinet du chef de l'État. Il est Somali Issa Saad Moussa et originaire d’Arta-Wéa. A défaut d’un administrateur qualifié dans leur sous-clan, et pour ne pas choquer les Non-Mamassanes, les participants aux réunions sécrètes estiment que cet inspecteur du Travail et des Lois sociales, premier autochtone du titre, formé à l'École de la France d’Outre-mer, et qui plus est a l’avantage d’être issu de l'une des deux branches du sous-clan Somali Issa Moussa, sous-clan le plus proche des Mamassanes, présente le profil de l’emploi qui consiste à faire tourner la machine administrative. C’est un technocrate qui, à la différence d'autres fonctionnaires, n'a pas manifesté d'activité indépendantiste perceptible. Gouled et les siens considèrent que cet homme de bureau, sans passé militant à faire valoir, serait tout à sa joie de les décharger de la gestion au quotidien de l’appareil administratif, leur permettant ainsi d’occuper l’espace politique et ses sinécures. Pour ce faire, le président Hassan Gouled Aptidon, entre les mains duquel ses principaux lieutenants somalis et non somalis (y compris le vif Ahmed Dini Ahmed) ont soigneusement concentré le pouvoir d'État, lui consent une délégation de signature générale mais non sans contrôle. Dans la même logique, et avec le soutien d'Ismaël Guedi Hared et d'autres, le président Gouled et les siens désignent le sous-officier gendarme Ali Méhidal Waiss pour occuper les fonctions de chef d'état-général de l'Armée et de la Gendarmerie, à l'issue d'un stage accéléré d'officier de six mois à Fréjus en France.

Du reste, ces réunions parallèles vont continuer tout au long du règne de Gouled. Elles vont même lui survivre, même si elles sont parfois perturbées par les jeux de pouvoir de la nouvelle Première dame, Kadra Mahamoud Haïd, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Pour l’heure, le jeune chef de cabinet (il est dans la trentaine) se lance à corps perdu dans le service de son oncle. Dans les paroles comme dans les actes. Dans les mots, Ismaël Omar ne tarit pas d’éloges à l'endroit de Gouled, en public comme en privé. Il affiche pour lui une vénération, du moins dans le verbe, qui rappelle par certains aspects le culte de personnalité voué à un certain empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie sous le règne duquel l'ancien policier est né et a grandi. Il va jusqu’à se lever d’un bond de sa chaise lorsqu’il reçoit un coup de fil du chef de l'État et à y répondre debout. Ce, même en présence de visiteurs dont certains se font le plaisir de le rapporter au président. Dans les actes aussi, en exécutant avec zèle tout ce que lui demande son oncle. Surveillances, mises sur écoute téléphonique, filatures, arrestations, détentions, tortures, enlèvements et séquestrations, montages de parodies de procès, assassinats, censures de toutes sortes, mises aux ordres de l’information comme de l’exp​ression artistique et culturelle… l’éventail des tâches est large. Qu’importe. L’essentiel est que cela serve l’oncle président, dispensateur de pouvoirs et de privilèges. Il suffit donc à Gouled de demander telle ou telle action pour qu’effet s’en suive. Du reste, et par souci d’habilité, le chef de l'État s’absente souvent du pays lorsqu’il a ordonné quelque mission inavouable à son neveu, que cette mission implique de verser du sang ou non. De la sorte, il peut toujours dire que cela s’est fait en son absence, donc à son insu. Du moins croit-il pouvoir abuser ainsi l’opinion publique, se trompant lourdement, car les Djiboutiens repèrent vite le procédé.
A ses débuts, cependant, et parce qu’il lui faut aussi apprendre à faire en supérieur ce qu’il a vu faire ou fait en subordonné sous l’administration coloniale et que le régime n’est pas encore solidement établi, Ismaël Omar Guelleh se montre accessible et débonnaire. Le mabraz qu’il vient de s'ouvrir à la résidence cossue qui lui a été affectée au Plateau du Serpent, secteur résidentiel de la capitale, non loin de l’hôpital général Peltier, est moins élitiste que d’autres. Beaucoup y viennent khater. Ils sont membres de la famille, amis, connaissances, artistes, solliciteurs divers, ou simples curieux venus voir de près le chef de cabinet de Gouled. Son bureau du palais présidentiel aussi. Il distribue bottes de khat, billets de banque, paroles de réconfort et autres interventions à ses visiteurs. Il fréquente les boîtes de nuit et court les filles. Il fait la fête, s’enivrant jusqu’à ne plus pouvoir tenir sur ses jambes.

Ce goût prononcé pour la fête, attire au chef de cabinet la réaction courroucée et empreinte de mépris de certains barons du régime. Ainsi, l’influent Idriss Farah Abaneh, ministre de l’Intérieur, le traite de «petit alcoolique» et s’inquiète de ses ivresses publiques auprès de Gouled. En revanche, son appétit de vie et ses apparences sympathiques contribuent quelque peu à adoucir son image de collaborateur du pouvoir colonial auprès d’une certaine frange jeune et occidentalisée de l’opinion publique.
Reste que cette accessibilité se révèle de courte durée. En effet, à mesure que le pouvoir de Gouled se consolide, au fil de l’extinction des voix extra-familiales influentes au sein du régime, qu’elles s’éteignent par mort, ou par éviction comme en font l’expérience les premiers ministres Ahmed Dini Ahmed et Abdallah Mohamed Kamil, Ismaël Omar Guelleh prend de l’assurance. Il limite l’accès de son mabraz et de son bureau, surtout après l’entrée dans sa vie de Kadra Mahamoud Haïd. Il finit par se retirer de la vie nocturne, préférant assouvir ses fortes envies d’alcool et de douceur féminine chez lui. Et pour donner des raisons sérieuses à ce changement d’attitude, il organise une mise en scène d’attaque armée à sa personne. Il demande à l’un de ses gardes de corps, agents de police fournis par la Force nationale de sécurité (FNS) de son ami Yacin Yabeh Galab, de tirer quelques balles dans un mur de sa résidence du Plateau du Serpent. Une fois le tir effectué, le chef de cabinet le met en avant auprès de son président d’oncle afin de se faire passer pour un homme menacé et à protéger en conséquence. L’opération lui permet d'obtenir des gardes de corps supplémentaires et de filtrer comme il l'entend l'accès de son bureau comme de son domicile. De même, il durcit et amplifie l'usage de la force, s'enfonçant dans la violence d'État. A suivre.

chapeau =D>
Cocorico
0

#6 L'utilisateur est hors-ligne   thorgal Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
18 754
Inscrit :
07-mai 08
Gender:
Male
Location:
La France et le monde parfois!!

Posté 15 janvier 2016 - 01:54

Voir le messageELMI_, le 15 janvier 2016 - 09:17 , dit :

chapeau =D>

Tu vois quand tu veux..
Tu peux parler d'autres sujet que ma personne !!
B)
"Le boeuf est lent..
Mais la terre est patiente"
0

#7 L'utilisateur est hors-ligne   ELMI_ Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
10 603
Inscrit :
06-août 10
Gender:
Male
Location:
NY

Posté 15 janvier 2016 - 02:57

Voir le messagethorgal, le 15 janvier 2016 - 05:54 , dit :

Tu vois quand tu veux..
Tu peux parler d'autres sujet que ma personne !!
B)

Tu vois quand tu veux..
Tu peux parler d'autres sujet que de parasiter le post!!
Cocorico
0

#8 L'utilisateur est hors-ligne   ELMI_ Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
10 603
Inscrit :
06-août 10
Gender:
Male
Location:
NY

Posté 15 janvier 2016 - 03:19

Voir le messageGargaro, le 08 juillet 2012 - 09:16 , dit :

BIOGRAPHIE D' ISMAEL OMAR GUELLET: premiere partie

Extraits d'un ouvrage à paraître, ouvrage écrit par un observateur privilégié de Djibouti. Ce livre a pour premier objectif d'apporter un éclairage sur l'homme qui dirige Djibouti d'une main de fer depuis 1999, le président Ismaël Omar Guelleh. Il retrace le parcours du chef de l'État depuis les origines familiales jusqu'à la succession du premier président de la République, Hassan Gouled Aptidon. Il montre comment un fils sans relief de cheminot, qui a tôt quitté les bancs de l'école et intégré la police coloniale, collaborant avec le colonisateur contre ses concitoyens indépendantistes, se retrouve au sein du cercle dirigeant du nouvel État et finit par en prendre les rênes. Afin de saisir les ressorts de celui qui préside aux destinées de la petite République de Djibouti, l'auteur s'appuie, entre autres sources, sur des informations de première main qui se chuchotent mais qui n'ont jamais été révélées au grand jour.

Et pour mieux percer à jour IOG (initiales du chef de l'État), l'ouvrage s'intéresse également au profil de l'influente Première Dame, Kadra Mahamoud Haïd. Il tire un portrait de cette femme ambitieuse et non démunie d'intelligence en remontant à son enfance, qui a été marquée par une grande blessure liée à ses origines. Comment les origines controversées d'un père, Mahamoud, ont-elles marqué dans sa chair sa fille, Kadra? Quelle a été l'influence de cet homme socialement et politiquement frustré sur elle ? Comment le rejet de son père par une société djiboutienne si à cheval sur la clarté généalogique a-t-il pu modeler la personnalité de Kadra, nourrir sa hargne et entretenir son désir de revanche ? Nous découvrirons comment elle parvient à se frayer un chemin vers le pouvoir, avant comme après l'Indépendance. Nous la suivrons dans sa trajectoire depuis son premier mariage avec un ancien Premier ministre, Abdallah Mohamed Kamil, jusqu'au titre de Première Dame.

Ismaël Omar Guelleh ou fils du népotisme

Enfance et jeunesse sans relief

Officiellement, Ismaël Omar Guelleh naît le 27 novembre 1947 à Dire-Dawa en Éthiopie. En réalité, ce Somali Issa Mamassan voit le jour quelques années plus tôt, en 1944, à Aïcha, petite localité ferroviaire éthiopienne située plus près de Djibouti que de Dire-Dawa. Son père, agent au Chemin de fer franco-éthiopien (CFE), futur Chemin de fer Djibouti-éthiopien (CDE), est le fils de Guelleh Ahmed Omar dit Guelleh Betel, pasteur nomade venu se sédentariser à Djibouti, alors colonie française connue sous le nom de Côte française des Somalis (CFS). Guelleh Betel fait partie de ces anciens recrutés par l'administration coloniale et rétribués comme akels (sages en arabe) pour le contrôle social des colonisés. Il est même l'un des plus appréciés et mieux payés pour ses services, ce qui vaut une attention particulière à sa progéniture, notamment à Omar, père d'Ismaël, qui peut ainsi suivre quelques années d'études primaires. La mère d'Ismaël, Moumina Rirache, est une femme somalie au foyer du clan Samarone. Elle est la seconde des quatre épouses d'Omar Guelleh.

Ismaël Omar Guelleh passe les premières années de sa vie à Aïcha, avec ses parents et sa fratrie. C'est à Aïcha qu'il va à l'école. Il y va à la madrasa ou école coranique. Son plus proche camarade de classe et de jeux est un certain Yacin Yabeh Galab, Somali Issa Fourlaba et futur chef de la police djiboutienne. A la madrasa, Ismaël Omar est un apprenant moyen. Son camarade et ami Yacin Yabeh ne brille pas non plus.

Le père de Yacin, Yabeh Galab, est boucher et sa mère, Hawa Ahmed, surnommée Hawa la Grande, en raison de sa grande taille, est marchande de produits divers entre Djibouti et Dire-Dawa. Hawa La Grande, une femme de caractère, fait partie de ces mères de famille qui utilisent le train pour faire un petit commerce ambulant de subsistance. A bord du train de voyageurs, elle se rend à Dire-Dawa où elle achète certains articles de consommation courante qu'elle va revendre à Djibouti-ville. Au retour, elle reprend le même moyen de transport avec d'autres articles demandés en Éthiopie. Ces commerçantes sont désignées sous l'appellation de "charchari" en langue somalie.

Plus tard, la famille d'Ismaël Omar Guelleh s'installe à Dire-Dawa. C'est là qu'il est inscrit à l'école laïque. Il va à l'Alliance française de Dire-Dawa, tout comme son ami Yacin Yabeh Galab dont la famille déménage aussi. A l'Alliance, ni Ismaël ni Yacin ne se distinguent par l'excellence de leurs résultats. Ismaël Omar est un élève moyen, qui ne se montre pas particulièrement motivé pour les études. Il lit peu, travaille à minima à la maison. De même, dans les relations entre jeunes, rien ne le distingue. Il ne brille pas sur les terrains de sport, il est d'ailleurs peu porté sur l'exercice physique. Les filles ne se retournent pas sur son passage et sa timidité (plus ou moins masquée) n'arrange pas ses projets de séduction. Il ne manifeste pas de charisme et ne mène pas ses camarades. Il évite les confrontations, s'esquive des compétitions, ravale ses colères. Des jeunes mâles dominants du quartier, il subit incartades et écarts de langage. Il subit ainsi la domination de garçons aussi divers que Saïd Guireh, surnommé le Manchot en raison d'un bras perdu en bas âge, Farah Hassan Guelleh, ou encore Abdillahi Doualeh Waïss, futur enseignant et future figure indépendantiste djiboutienne qui prendra le nom de lutte d'Iftine (Lueur en langue somalie). Ismaël Omar n'ose pas se mesurer non plus à un camarade de jeu tel qu'Ahmed Absieh Warsama, garçon au corps bien bâti et à l'esprit vif qui décrochera un baccalauréat scientifique à Djibouti et fera de brillantes études de médecine en France. Ahmed Absieh sera d'ailleurs, avec docteur Bourhan Mohamed Aref, le premier médecin diplômé djiboutien. En revanche, le petit-fils de Guelleh Betel aime à rire et à jouir de la vie. Il se montre glouton, friand de fêtes mais aussi de fantaisies vestimentaires sans goût. Il rêve de fortune facile, de confort sans effort et de femmes.

Cahin-caha, Ismaël Omar termine ses études primaires à l'Alliance française de Dire-Dawa. En rester là dans les apprentissages académiques ou les poursuivre dans l'enseignement secondaire ? La question se pose au petit-fils de Guelleh Betel. Il n'est pas sûr de vouloir entrer en secondaire. Mais les conseils pressants de ses parents et l'exemple de certains élèves de son âge tels qu'Ahmed Absieh finissent par le décider. Il quitte le domicile familial et l'Éthiopie pour Djibouti-ville où il entre au Cours complémentaire, nom que porte à l'époque le collège d'enseignement secondaire. C'est un établissement confessionnel, Cours Charles de Foucault, qui l'accueille. Il est nourri, logé et blanchi par des proches. Ces proches sont souvent des cousines et autres tantes mariées à des hommes qui savent remplir la marmite. Mais ce changement de pays, de ville et d'école, ne s'accompagne pas chez le fils de cheminot d'un changement d'attitude à l'endroit des études. En classe, il ne se montre pas plus motivé qu'à Dire-Dawa. En revanche, il met à profit la liberté que lui offre cet éloignement de la surveillance parentale pour s'adonner à de nouveaux petits plaisirs. Il commence à fumer. Il se met aussi à consommer du khat, cette amphétamine naturelle qui pousse en Éthiopie et au Yémen et que l'on mastique longuement dans les pays de la région. Pour s'offrir ces nouveaux plaisirs, son argent de poche ne suffit pas. Il sollicite alors amis, connaissances, camarades de classe et toute autre personne dont il repère la bienveillance.

Il finit par abandonner le Cours complémentaire au terme de deux ans. Il n'éprouve aucune envie de poursuivre ses études, préférant à l'austérité des apprentissages le désœuvrement et les petits plaisirs. Le voici hors de l'école, livré à lui-même et à la loi des désirs. Seulement, il ne suffit pas de désirer des choses, encore faut-il en avoir les moyens. Il lui faut de l'argent, il lui en faut bien plus que ce qu'il peut grappiller à gauche et à droite.

Il cherche un travail rémunéré.




BIOGRAPHIE D' ISMAEL OMAR GUELLET:partie 2

Il cherche un travail rémunéré.

Une carrière peu valorisante de policier colonial

Trouver un emploi est une chose, en obtenir un qui soit bien rémunéré en est une autre. Sans diplôme autre que celui de fin d'études primaires, il est bien difficile à Ismaël Omar d'obtenir un emploi à salaire décent, parmi les rares alors accessibles aux autochtones. Il ...ne peut pas entrer au Cours normal comme élève fonctionnaire et devenir instituteur. Il ne peut pas non plus être recruté comme élève infirmier. Et l'Armée ne l'intéresse guère en raison de son faible penchant pour l'exercice physique. Alors que faire ? Il végète un moment dans le chômage, vivotant aux crochets des autres. Puis, la chance lui sourit un jour de 1964 grâce à un agent et futur commissaire de police qu'il fréquente, Robleh Amir, qui l'informe de l'offre de quelques emplois dans la police coloniale. Un membre de sa famille élargie intervient en sa faveur auprès de l'administration coloniale, faisant valoir les états de service pro-coloniaux de son grand-père Guelleh Betel. Il est alors recruté comme policier et affecté, dans un premier temps, à la brigade des mœurs. La brigade des mœurs ? Sa connaissance de l'amharique, langue majoritaire parmi les travailleuses du sexe de la capitale, dont les clients sont en majorité des soldats coloniaux, semble motiver cette affectation. Il y trouve aussi son compte, lui qui ne connaît toujours pas de succès auprès des filles ordinaires.

Il est ensuite versé dans la police d'État (français), créée après les événements sanglants survenus lors de la visite du général De Gaulle des 25 et 26 août 1966 pour surveiller les frontières aériennes, maritimes et terrestres. Il est affecté à la section de l'Air et se retrouve à l'aéroport de Djibouti-ville. Aux côtés de son ami Yacin Yabeh Galab, lui aussi tôt sorti de l'école et recruté à la police sur intervention d'un proche notable, Ismaël Darar Assoweh dit Ismaël Madobé. C'est à l'aéroport qu'Ismaël Omar fait la connaissance de sa première épouse, Warmog Ahmed Abar, une jolie hôtesse de la compagnie aérienne du Territoire, Air Djibouti. Elle est originaire de la ville ferroviaire d'Ali-Sabieh, au sud du pays. Il tombe follement amoureux d'elle. Elle le fait macérer dans une attente inquiète avant de lui dire oui. De cette union célébrée en 1972, va naître un enfant en 1975 : Liban Ismaël Omar, fils aîné du futur chef de l'État. Mais comme sa conception survient à un moment où le mariage bat déjà de l'aile, cet enfant va venir au monde après divorce.

Il faut dire que depuis leurs épousailles les relations entre une hôtesse de l'air au caractère bien trempé et sûre de sa beauté et le policier colonial porté sur la bouteille et bedonnant ne cessent de se dégrader. Le sentiment de Warmog pour Ismaël se dissipe, si tant est qu'il ait réellement existé. Mais le réciproque n'est pas vrai. Lui l'aime toujours et s'accroche à elle. En vain. La famille du policier, ulcérée par cette situation, fait pression sur lui pour l'amener à divorcer. L'union prend fin en 1974, alors que la jeune femme est enceinte de Liban dont la conception est survenue quelques semaines plus tôt. Soulagée, Warmog donne tranquillement naissance à son enfant en 1975. Quelques mois plus tard, elle le confie à sa mère et part en France où elle reprend ses études. Au grand dam du policier qui ne parvient pas à faire le deuil de son amour, elle rencontre en terre française l'homme de sa vie en la personne d'Ahmed Omar Farah, étudiant en administration et fils d'un instituteur d'Ali-Sabieh devenu politicien. Ahmed et Warmog s'unissent et fondent une famille qui, outre le fils d'Ismaël Omar qui rejoint rapidement sa mère, compte bientôt cinq filles qui sont autant de bonnes élèves. Liban vit et grandit ainsi avec sa mère sans beaucoup voir son père biologique.

En dehors de ses affectations officielles, Ismaël Omar Guelleh effectue des tâches de renseignement au profit de l'administration coloniale. En échange, il perçoit au noir une rétribution d'indicateur qui lui permet d'arrondir ses fins de mois d'homme à dépenses. Il informe à la fois les chefs blancs du renseignement et les alliés politiques djiboutiens du colonialisme. Ainsi devient-il un visiteur assidu du cabinet d'Ali Aref Bourhan, l'homme de Paris et chef autochtone de l'exécutif du Territoire de 1960 à 1976. Il renseigne ce petit monde sur les faits et gestes des mouvements et militants indépendantistes, même s'il ne se limite pas à ces milieux pour noircir ses fiches. Entre absence de convictions et appétit de vie, l'homme descend bien bas. Ces états de services, par lesquels s'est illustré en son temps songrand-père Guelleh Betel, ne sont pas sans effet sur sa réputation. Souvent, l'on se méfie de lui et les conversations se font moins libres et moins engagées en sa présence. D'aucuns racontent que cette réputation peu glorieuse est l'un des facteurs à l'origine de l'échec de son mariage avec Warmog Ahmed Abar.

C'est ce personnage sans profondeur, qui vit intensément au jour le jour, tombant parfois d'ivresse sur la voie publique, qui se pique soudain d'engagement anti-colonialiste lorsque la marche pour l'Indépendance s'accélère à partir de fin 1974. Il est même renvoyé de la police coloniale en cette année-là, ce qu'il revendique comme un haut fait indépendantiste mais que de nombreux témoins de l'époque décrivent comme une simple manœuvre coloniale destinée à le crédibiliser aux yeux d'une opinion publique autochtone largement acquise à l'Indépendance.

En tout cas, ces errements n'empêchent pas Ismaël Omar Guelleh d'être propulsé vers les sommets de l'État post-colonial.

BIOGRAPHIE D' ISMAEL OMAR GUELLET: partie 3

Un neveu promu au service de son oncle

En effet, à ce collaborateur notoire du colonialisme, de ne pas être reconnu comme indépendantiste ne ferme pas la porte de son oncle Hassan Gouled Aptidon, chef de la Ligue populaire africaine pour l'Indépendance (LPAI), formation qui a embrassé en novembre 1974 la lutte pour l'Indépendance et capté l'...héritage moral du Parti du mouvement populaire (PMP) créé en 1960 par des partisans du grand leader indépendantiste disparu, Mahamoud Harbi Farah. Hassan Gouled, lui-même converti sur le tard à la cause de l'Indépendance qu'il a longtemps combattue contre Harbi et ses disciples, a encouragé en sous-main le policier colonial. En sous-main, car il feignait de se défier de lui en public.

Il faut dire qu'Ismaël Omar Guelleh est filialement proche de Gouled puisqu'ils sont tous deux de la sous-fraction Somali Issa Mamassane Bah-Fourlaba Reer Hirab. De plus, la collaboration avec le colonialisme ne saurait être un critère de disqualification aux yeux du chef de la LPAI, personnage au passé pro-colonial et au présent néo-colonial. Enfin, le policier jouit du soutien d'une personne influente auprès de Gouled : Amina Guelleh Ahmed, sœur de son père Omar Guelleh. La tante Amina pèse de tout son poids pour que le policier colonial soit admis dans l'entourage de Gouled. Celui-ci l'adopte et entreprend de lui imaginer une place. Ainsi, le nom d'Ismaël Omar Guelleh apparaît sur la couverture de Djibouti Aujourd'hui, une publication mensuelle de huit pages qui commence à paraître en février 1977, soit à quelques mois de la date du 27 juin 1977, jour de l'Indépendance. Il y apparaît comme…directeur de publication, ce qui fait sourire lorsque l'on connaît l'indigence de la plume du policier.
Dans les jours qui précèdent et suivent la proclamation de l'Indépendance, proclamation qui emprunte la bouche du futur et premier Premier ministre de la République de Djibouti, Ahmed Dini Ahmed, dont la contribution à l'Indépendance au titre de la LPAI a été essentielle, Hassan Gouled Aptidon multiplie les réunions secrètes avec les membres de son sous-clan Somali Issa Mamassane. A l'ordre du jour, les affectations aux postes clés du nouvel État dont il prend les rênes. Il s'agit pour lui et les siens de faire en sorte que les postes stratégiques soient occupés par des membres du sous-clan ou, à défaut, par d'autres proches sûrs, de manière à verrouiller l'appareil étatique et à conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Au cours de l'une de ces réunions, le vieux Gouled lâche ces mots qui en disent long sur sa volonté d'usurpation et de dictature: «Comme c'est nous Mamassane qui avons souffert pour l'Indépendance, cet État doit rester entre nos mains pour au moins cinquante ans». Indépendantiste, Gouled ? Point sûr, comme indiqué plus haut. Il est candidat à un siège de député colonial pas plus tard qu'en novembre 1973 et il ne prend publiquement position pour l'Indépendance qu'en novembre 1974 dans un communiqué de presse de la Ligue populaire africaine (LPA) qu'il préside et qui est née en 1972 d'une fusion entre son Union populaire africaine (UPA) et la Ligue pour l'Avenir et l'Ordre (LAO) de son ami Ahmed Dini Ahmed. Ce n'est, du reste, qu'en janvier 1975 que la LPA devient officiellement LPAI par adjonction à son sigle de la lettre I pour Indépendance.
C'est aussi lors de l'une de ces réunions que, sous la houlette de Gouled et de la tante Amina Guelleh, Ismaël Omar Guelleh est coopté chef de cabinet du président de la République. Il reçoit pour attributions les questions de sécurité, de renseignement, d'information et de culture. A ce titre, il est chargé de la mise en place et de la gestion des services spéciaux, qui prennent l'appellation de Service de documentation et de sécurité (SDS), ainsi que du contrôle de l'information et de la culture. Autant dire la mise sous surveillance de la liberté d'exp​ression. Pour s'en acquitter, sont mis à sa disposition d'importants fonds spéciaux dont il fait un usage discrétionnaire. Mais le bonheur du policier ne fait pas celui de son frère aîné Idriss Omar Guelleh, qui lorgne également vers ce poste. Mieux placé que lui en termes de militantisme, puisqu'il a été réellement actif au sein de la LPAI, dont il a notamment co-dirigé le service d'ordre avec le défunt Idriss Bodleh Adaweh, ou dans le mouvement syndical avec la confédération générale du travail qu'il a présidée, sans compter le champ culturel et artistique d'exp​ression somalie où il a contribué à la fondation de la troupe Arrey, Idriss Omar se verrait bien chef de cabinet de son président d'oncle. Seulement voilà, Gouled a bien moins confiance en ce personnage dont il n'ignore ni les accès de brutalité ni l'ambition qu'en un Ismaël Omar dont le sens de la docilité devant plus fort lui plaît. Et la tante Amina abonde dans le même sens que le chef de l'État.

Ces réunions secrètes sont encore l'occasion de prendre de vitesse les candidatures que pourraient avancer d'autres communautés djiboutiennes pour les postes stratégiques au sein du nouvel État et d'identifier des hommes sûrs hors du sous-clan Somali Issa Mamassane, c'est-à-dire de décider pour les autres. Ainsi est coopté au commandement de la Force nationale de sécurité (FNS) Yacin Yabeh Galab, l'ami d'enfance et le collègue d'Ismaël Omar. Celui-ci et quelques autres dont la tante Amina Guelleh parviennent à présenter le futur général de police comme un homme à la fois sûr pour la famille présidentielle, jugement au demeurant peu exagéré, et comptabilisable au titre du quota de hauts postes attribués aux Somalis Issa Fourlaba dont il est issu. Yacin Yabeh n'est pourtant pas le mieux placé pour la fonction au regard de son niveau d'instruction et de son classement de sortie du stage de formation qu'il vient d'effectuer avec quelques autres collègues à l'école française des officiers de paix. Il s'est classé 3ème, après Houssein Robleh Ibrahim alias Houssein Issak Hoche, Issa Mamassane Reer Allaleh, sorti second, et Mohamed Abdillahi God, Somali Samarone Habar Afane, classé premier. Les protestations de ces deux officiers se heurtent au mur de la raison Gouled-Guelleh.
De même, Ismaël Guedi Hared est coopté par les Mamassanes au poste hautement stratégique de directeur de cabinet du chef de l'État. Il est Somali Issa Saad Moussa et originaire d'Arta-Wéa. A défaut d'un administrateur qualifié dans leur sous-clan, et pour ne pas choquer les Non-Mamassanes, les participants aux réunions sécrètes estiment que cet inspecteur du Travail et des Lois sociales, premier autochtone du titre, formé à l'École de la France d'Outre-mer, et qui plus est a l'avantage d'être issu de l'une des deux branches du sous-clan Somali Issa Moussa, sous-clan le plus proche des Mamassanes, présente le profil de l'emploi qui consiste à faire tourner la machine administrative. C'est un technocrate qui, à la différence d'autres fonctionnaires, n'a pas manifesté d'activité indépendantiste perceptible. Gouled et les siens considèrent que cet homme de bureau, sans passé militant à faire valoir, serait tout à sa joie de les décharger de la gestion au quotidien de l'appareil administratif, leur permettant ainsi d'occuper l'espace politique et ses sinécures. Pour ce faire, le président Hassan Gouled Aptidon, entre les mains duquel ses principaux lieutenants somalis et non somalis (y compris le vif Ahmed Dini Ahmed) ont soigneusement concentré le pouvoir d'État, lui consent une délégation de signature générale mais non sans contrôle. Dans la même logique, et avec le soutien d'Ismaël Guedi Hared et d'autres, le président Gouled et les siens désignent le sous-officier gendarme Ali Méhidal Waiss pour occuper les fonctions de chef d'état-général de l'Armée et de la Gendarmerie, à l'issue d'un stage accéléré d'officier de six mois à Fréjus en France.

Du reste, ces réunions parallèles vont continuer tout au long du règne de Gouled. Elles vont même lui survivre, même si elles sont parfois perturbées par les jeux de pouvoir de la nouvelle Première dame, Kadra Mahamoud Haïd, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Pour l'heure, le jeune chef de cabinet (il est dans la trentaine) se lance à corps perdu dans le service de son oncle. Dans les paroles comme dans les actes. Dans les mots, Ismaël Omar ne tarit pas d'éloges à l'endroit de Gouled, en public comme en privé. Il affiche pour lui une vénération, du moins dans le verbe, qui rappelle par certains aspects le culte de personnalité voué à un certain empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie sous le règne duquel l'ancien policier est né et a grandi. Il va jusqu'à se lever d'un bond de sa chaise lorsqu'il reçoit un coup de fil du chef de l'État et à y répondre debout. Ce, même en présence de visiteurs dont certains se font le plaisir de le rapporter au président. Dans les actes aussi, en exécutant avec zèle tout ce que lui demande son oncle. Surveillances, mises sur écoute téléphonique, filatures, arrestations, détentions, tortures, enlèvements et séquestrations, montages de parodies de procès, assassinats, censures de toutes sortes, mises aux ordres de l'information comme de l'exp​ression artistique et culturelle… l'éventail des tâches est large. Qu'importe. L'essentiel est que cela serve l'oncle président, dispensateur de pouvoirs et de privilèges. Il suffit donc à Gouled de demander telle ou telle action pour qu'effet s'en suive. Du reste, et par souci d'habilité, le chef de l'État s'absente souvent du pays lorsqu'il a ordonné quelque mission inavouable à son neveu, que cette mission implique de verser du sang ou non. De la sorte, il peut toujours dire que cela s'est fait en son absence, donc à son insu. Du moins croit-il pouvoir abuser ainsi l'opinion publique, se trompant lourdement, car les Djiboutiens repèrent vite le procédé.
A ses débuts, cependant, et parce qu'il lui faut aussi apprendre à faire en supérieur ce qu'il a vu faire ou fait en subordonné sous l'administration coloniale et que le régime n'est pas encore solidement établi, Ismaël Omar Guelleh se montre accessible et débonnaire. Le mabraz qu'il vient de s'ouvrir à la résidence cossue qui lui a été affectée au Plateau du Serpent, secteur résidentiel de la capitale, non loin de l'hôpital général Peltier, est moins élitiste que d'autres. Beaucoup y viennent khater. Ils sont membres de la famille, amis, connaissances, artistes, solliciteurs divers, ou simples curieux venus voir de près le chef de cabinet de Gouled. Son bureau du palais présidentiel aussi. Il distribue bottes de khat, billets de banque, paroles de réconfort et autres interventions à ses visiteurs. Il fréquente les boîtes de nuit et court les filles. Il fait la fête, s'enivrant jusqu'à ne plus pouvoir tenir sur ses jambes.

Ce goût prononcé pour la fête, attire au chef de cabinet la réaction courroucée et empreinte de mépris de certains barons du régime. Ainsi, l'influent Idriss Farah Abaneh, ministre de l'Intérieur, le traite de «petit alcoolique» et s'inquiète de ses ivresses publiques auprès de Gouled. En revanche, son appétit de vie et ses apparences sympathiques contribuent quelque peu à adoucir son image de collaborateur du pouvoir colonial auprès d'une certaine frange jeune et occidentalisée de l'opinion publique.
Reste que cette accessibilité se révèle de courte durée. En effet, à mesure que le pouvoir de Gouled se consolide, au fil de l'extinction des voix extra-familiales influentes au sein du régime, qu'elles s'éteignent par mort, ou par éviction comme en font l'expérience les premiers ministres Ahmed Dini Ahmed et Abdallah Mohamed Kamil, Ismaël Omar Guelleh prend de l'assurance. Il limite l'accès de son mabraz et de son bureau, surtout après l'entrée dans sa vie de Kadra Mahamoud Haïd. Il finit par se retirer de la vie nocturne, préférant assouvir ses fortes envies d'alcool et de douceur féminine chez lui. Et pour donner des raisons sérieuses à ce changement d'attitude, il organise une mise en scène d'attaque armée à sa personne. Il demande à l'un de ses gardes de corps, agents de police fournis par la Force nationale de sécurité (FNS) de son ami Yacin Yabeh Galab, de tirer quelques balles dans un mur de sa résidence du Plateau du Serpent. Une fois le tir effectué, le chef de cabinet le met en avant auprès de son président d'oncle afin de se faire passer pour un homme menacé et à protéger en conséquence. L'opération lui permet d'obtenir des gardes de corps supplémentaires et de filtrer comme il l'entend l'accès de son bureau comme de son domicile. De même, il durcit et amplifie l'usage de la force, s'enfonçant dans la violence d'État. A suivre.

Cocorico
0

#9 L'utilisateur est hors-ligne   thorgal Icône

  • Membre Avancé
  • PipPip
Groupe :
Membres
Messages :
18 754
Inscrit :
07-mai 08
Gender:
Male
Location:
La France et le monde parfois!!

Posté 15 janvier 2016 - 04:30

Voir le messageELMI_, le 15 janvier 2016 - 12:57 , dit :

Tu vois quand tu veux..
Tu peux parler d'autres sujet que de parasiter le post!!

En tout cas celui là...tu es venu le rechercher !!
Pourtant la première fois que tu l'as visité, ce n'était pas pour le traiter.....
A cette époque tu aimais bien Iog...
Maintenant que tu as changé de camp....
B)

Ce message a été modifié par thorgal - 15 janvier 2016 - 04:31 .

"Le boeuf est lent..
Mais la terre est patiente"
0

Partager ce sujet :


Page 1 sur 1
  • Vous ne pouvez pas commencer un sujet
  • Vous ne pouvez pas répondre à ce sujet